Benoit XVI engage la béatification de Pie XII
Le comportement de Pie XII pendant la seconde guerre mondiale - 2000 ans d'Histoire Dauzat
Le Pape des Catholiques Benoit XVI créé la controverse en reprenant le procès en béatification de Pie XII, le pape pendant la 2nde guerre mondiale, entamé par Paul VI.
La polémique est sur ce qu'à fait ou laissé faire Pie XII. A t'il sauvé des juifs ? En a t'il livré ? La comparaison d'Alain Duhamel entre Papon et Pie XII est-elle juste ou est-ce une provocation de journaliste ?
La comparaison d'Alain Duhamel entre Pie XII et Papon est-elle juste ? Papon, ceux qui ont suivit son procès le savent, comme Pie XII a aussi laissé faire par manque de courage. Donc la comparaison du journaliste me semble juste.
Alors, Pie XII mérite t'il la béatification ?
Franchement, c'est un processus normal pour un pape et cela montre aussi la limite du fait que tout pape, pour les catholiques, détienne la Vérité absolue. Duhamel, en tant que protestant a beaucoup plus de distance par rapport à ces papes d'un autre âge.
Et puis, la France laïque a, je pense, d'autres problématiques à s'occuper que celle d'une religion, fut elle la majoritaire dans notre pays.
Sur le fond,voici les faits concernant Pie XII, dont je vous laisse seuls juges (source Wikipédia)
Le pape pendant la Seconde Guerre mondiale (1939-45)
Les premiers mois du pontificat et l'échec de la paix
L'arrivée de Pie XII signifie effectivement un changement de style: moins direct dans ses condamnations, il cherche à empêcher la guerre (en particulier après l'invasion de la Tchécoslovaquie, le 15 mars 1939), de maintenir la possibilité au Saint Siège d'être un éventuel médiateur et, en tout cas à rester neutre.
Entre mars et septembre, le nouveau pape donne des signes diplomatiques dans toutes les directions pour essayer d'empécher la guerre sans donner l'image de se ranger du côté d'une des parties: il envisage une conférence internationale il conseille la modération à la Pologne devant les revendications allemande sur Danzig, nomme le 10 mars le cardinal Luigi Maglione, ancien nonce à Paris réputé francophile, pour le remplacer comme secrétaire d'État (poste que celui-ci occupe jusqu'à son décès le 22 août 1944). Il trouve le soutien de l'ambassadeur britannique Osborne pour une initiative vaticane de paix, il reçoit Sumner Welles (émissaire de Roosevelt) et il conforte ses liens avec Joe Kennedy connu lors de son voyage aux USA, en attente de nouer un lien diplomatique officiels. Le 31 mars 1939, Pie XII salue la victoire de Franco obtenue avec l’aide de l’Allemagne et de l’Italie dans la guerre civile durant laquelle des religieux avaient été victimes du camp adverse: "Elevant notre âme vers Dieu, Nous Nous réjouissons avec Votre Excellence de la victoire tant désirée de l’Espagne catholique. Nous formons des voeux pour que votre très cher pays, une fois la paix obtenue, reprenne avec une vigueur nouvelle ses antiques traditions chrétiennes qui lui ont donné tant de grandeur. C’est animé par ces sentiments que Nous adressons à Votre Excellence et à tout le noble peuple espagnol Notre bénédiction apostolique.» En avril, Pie XII relève Charles Maurras et l'interdiction de l'Action française dont l'antisémitisme et l'anticommunisme sont connus. Cherchant à maintenir l'Italie hors du conflit, il reçoit le Roi D'Italie auquel il déclare le 24 août "rien n'est perdu avec la Paix, tout est perdu avec la guerre". Après la déclaration de guerre, Pie XII poursuit ses efforts vers le Roi et Ciano qu'il estime moins bellicistes que Mussolini pour éviter l'entrée en guerre de l'Italie. Après les lois antisémites de Mussolini, le pape engage Roberto Almagia un cartographe exclu de l'université de Rome.
Les prises de positions pendant la guerre
Bien que les archives vaticanes de cette période ne soient publiées qu'en partie (les onze volumes des Actes et documents du Saint-Siège relatifs à la Seconde Guerre mondiale), on peut retracer les prises de positions publiques de Pie XII de 1939 à 1945 en tenant compte de trois éléments: la situation du Vatican, la position doctrinale du pape, et l'estimation des menaces sur les catholiques dans les zones sous domination nazie, en particulier dans le cas Polonais dès le début de la guerre.
Neutralité sous surveillance
La politique de Pie XII est de maintenir Le Saint Siège officiellement en tant qu'état neutre, à l'image de l'attitude de Benoit XV lors de la Première Guerre mondiale.
Lorsque la guerre éclate, le Vatican est sous la surveillance policière de l'Italie fasciste, avant d'être sous la menace de l'armée nazie après l'occupation de Rome en 1943. Les valises diplomatiques sont fréquemment fouillées ; les lignes téléphoniques sont mises sur écoute ; l'Osservatore Romano est censuré. Les allées et venues des diplomates et journalistes sont en outre étroitement surveillées. Pie XII s'appuie donc surtout sur Radio Vatican pour se faire entendre. Mais comme celle de Londres, cette radio est brouillée par les Allemands au cours du conflit. Le Vatican anime un centre de renseignement sur les réfugiés et prisonniers de guerre, confié à Giovanni Battista Montini.
La position doctrinale de l'encyclique Summi Pontificatus et sa réception
Doctrinalement, Pie XII donne le cadre théologique et diplomatique de ses prises de positions dans sa première encyclique (Summi Pontificatus du 20 octobre 1939). Il y confirme les condamnations de Pie XI contre les différentes formes de racisme (et de nationalisme ou de lutte des classes), dénonçant « l'oubli de cette loi de solidarité humaine et de charité, dictée et imposée aussi bien par la communauté d'origine et par l'égalité de la nature raisonnable chez tous les hommes, à quelque peuple qu'ils appartiennent. » Pie XII s'y dresse nettement, mais sans les nommer, contre le nazisme, le fascisme mais aussi le communisme et le libéralisme sans Dieu comme responsables de la guerre, qui n'apportera pas la solution (« l'esprit de la violence et de la discorde verse sur l'humanité la sanglante coupe de douleurs sans nom. »)
L'encyclique ne nomme ni Hitler ni Staline et Pie XII ne s'exprime pas non plus sur le pacte germano-soviétique de non agression du 23 août 1939 entre l'Allemagne et l'Union soviétique, et ce premier « silence » lui est reproché, en particulier par Mounier qui utilise le premier l'expression « les silences de Pie XII ». Dans un numéro spécial de L'Osservatore Romano du 13 décembre 1981, Michele Maccarrone écrit : « Il est vrai que Pie XII, accusé d'être un pape diplomate, n'a pas pratiqué la grande diplomatie. Il ne s'est pas adressé aux belligérants pour exiger la fin des combats [...], il n'a pas excommunié, il n'a pas prononcé de condamnation solennelle à l'encontre des crimes et des criminels nazis.» L'Allemagne nazie est toutefois clairement visée par l'encyclique et cela est perçu (le 28 octobre 1939, le New-York Times reproduit l'intégralité de l'encyclique et titre : « Le pape condamne les dictateurs, les violateurs de traités, le racisme et demande d'urgence le rétablissement de la Pologne »). En France, Albert Lebrun, président de la république, et Edouard Daladier, premier ministre, saluent la publication de l'encyclique. En Allemagne, son impression et sa distribution sont interdites. Mais les forces aériennes françaises en lâchent 88 000 copies sur l'empire allemand.
Prises de positions sur la Pologne
Dès le début de la guerre en Pologne, en septembre 1939, les nazis s'emploient à éradiquer les élites du pays. Hommes politiques, enseignants, prêtres et hommes de lettres sont assassinés. On estime à 52.000 le nombre de victimes. Des millions de polonais sont également envoyés dans des camps de concentration.
Dans l'encyclique Summi Pontificatus, le pape dénonce explicitement ces persécutions contre les civils: « (...) déjà dans des milliers de familles règnent la mort et la désolation, les lamentations et la misère. Le sang d'innombrables êtres humains, même non combattants, élève un poignant cri de douleur, spécialement sur une nation bien-aimée, la Pologne (...)». Mais il ne se joint pas à la condamnation franco-britannique de l'invasion, (d'après le ministre des affaires étrangères du Reich pour protéger les catholiques allemands). Son message de Noël 1939 réitère sa protestation : « Nous avons dû, hélas ! assister à une série d’actes inconciliables aussi bien avec les prescriptions du droit international qu’avec les principes du droit naturel et même les sentiments les plus élémentaires d’humanité. Ces actes exécutés au mépris de la dignité, de la liberté, de la vie humaine crient vengeance devant Dieu. ». Le 18 janvier 1940, après la mort de 15000 civils polonais, il déclare que « l'horreur et les abus inexcusables commis contre un peuple sans défense sont établis par le témoignage indiscutable de témoins oculaires». Il condamne parallèlement l'agression de la Finlande par l'Union soviétique le 26 décembre 1939. Le gouvernement d'occupation allemand en Pologne pretexte ces déclarations papales jugées anti-allemande pour renforcer les mesures de coercition et les persécutions: en Pologne, les Nazis tuent 2350 prêtres et religieux et en envoyèrent davantage en camps de concentration. Ainsi, le baraquement des prêtres à Dachau en reçut 2600.
Le refus par Pie XII de condamner nommément l'invasion de la Pologne est considéré comme une « trahison » par une partie des catholiques, prêtres ou membres de la hiérarchie polonaise qui voient dans sa réception de la nomination d'Hilarius Breitinger comme administrateur apostolique du Wartheland en mai 1942 une « reconnaissance implicite » du démembrement de la Pologne, l'opinion du Volksdeutsche, qui regroupait les minorités catholiques allemandes vivant en Pologne étant plus mêlée. Dès 1940, le Saint Siège explicite sa position aux évêques polonais par Mgr Tardini :
« Tout d'abord, il ne semblerait pas opportun qu'un acte public du Saint-Siège condamne et proteste contre tant d'injustices. Non pas que la matière manque (…) mais des raisons pratiques semblent imposer de s'abstenir. [Une condamnation officielle du Vatican] accroîtrait les persécutions ». »
Pie XII précise lui-même :
« Nous laissons aux pasteurs en fonction sur place le soin d'apprécier si, et dans quelle mesure, le danger de représailles et de pressions, comme d'autres circonstances dues à la longueur et à la psychologie de la guerre, conseillent la réserve — malgré les raisons d'intervention — afin d'éviter des maux plus grands. C'est l'un des motifs pour lesquels nous nous sommes imposé des limites dans nos déclarations. »
Au printemps 1940, le cardinal secrétaire d'État Luigi Maglione reçoit une demande du Grand Rabbin de la Palestine mandataire Isaac Herzog afin que le pape intercède en faveur des juifs lituaniens déportés par les Allemands. Pie XII appelle Ribbentrop le 11 mars et proteste contre le traitement des juifs.
Lors de l'offensive de Mai 40
La diplomatie Vaticane bénéficie de contacts en Allemagne (ainsi au printemps 1940, un groupe de généraux allemands désireux de renverser Hitler et de faire la paix avec les Anglais approche Pie XII). Cela lui permet, le 4 mai 1940 de prévenir les Pays-Bas que l'Allemagne va l'attaquer le 10.
Après l'invasion des Pays-Bas, de la Belgique et du Luxembourg, des États neutres, le pape envoie un message de sympathie à la reine Wilhelmine des Pays-Bas, au roi Léopold III de Belgique et à la grande-duchesse Charlotte de Luxembourg, en ne faisant mention que des malheurs qui accablent ces pays, mais il n'utilise pas le terme « invasion » et ne dénonce ni ne condamne directement l'envahisseur. Quand Mussolini apprend l'existence de ces messages, il accuse le pape de prendre parti contre les alliés des Italiens et il proteste officiellement auprès du Saint-Siège. Le ministre des Affaires étrangères du régime fasciste déclare après l'entrevue que « Pie XII était prêt à être déporté plutôt que de trahir sa conscience» et que « s’il avait un regret à formuler, c’était celui de n’avoir pas parlé avec une clarté suffisante pour condamner la politique nazie contre les Polonais ». À l'inverse, le cardinal de la curie Eugène Tisserant, ancien combattant français, déplore durement la neutralité du Saint Siège. Après la défaite de la France, la secrétairie d'état refait des propositions de paix entre l'Allemagne, l'Italie et le Royaume-Uni qui refuse.
1941
En avril 1941, Pie XII accorde une audience à Ante Pavelić, nouveau dictateur de Croatie. Cette entrevue provoque une note du Foreign office britannique qui décrit Pie XII comme « le plus grand couard de l'époque». Cependant, le Vatican ne reconnaît pas le régime croate et s'il ne condamna jamais publiquement les conversions forcées de Serbes par les Croates, il le fait dans une mémorandum confidentiel daté du 25 janvier 1942 et adressé à la légation yougoslave.
À cette date, il semble clair que l'information sur l'étendue de l'entreprise d'extermination est parvenue au plus haut de la hiérarchie catholique. En 1941, le cardinal Theodor Innitzer informe ainsi le pape sur les déportations commises à Vienne.
Lorsque l'ambassadeur de l’État français au Vatican, Léon Bérard, s'inquiète de l'avis du Vatican sur le statut des juifs promulgué par le régime de Vichy. Le secrétariat d'État du Vatican confirme que la législation ne s'oppose pas à l'enseignement de l’Église. Le nonce apostolique en France Valerio Valeri, « embarrassé » par ce blanc-seing pontifical accordé à la politique juive du régime de Vichy, vérifie l'information auprès du Vatican. Le secrétaire d'État Maglione confirme que c'est bien la position du Saint-Siège. En septembre 1941 en revanche, Pie XII s'oppose au code juif slovaque, qui, à l'opposé du statut des juifs français, interdit notamment le mariage mixte. En octobre, Harold Tittman, délégué américain au Vatican demande au pape de condamner les atrocités commises contre les juifs ; la réponse du pape fait état de son souhait de rester « neutre», réitérant par là la position du Vatican exprimée dès septembre 1940. Finalement, en 1942, le pape Pie XII fait officiellement savoir au maréchal Pétain par son nonce en France, Mgr Valerio Valeri, que le Saint-Siège désapprouve totalement les mesures prises par Vichy à l'encontre des Juifs (François Mitterrand, Président de la République Française ne prendra ses distances avec l'Etat Français du Maréchal Pétain que fin 1943).
Pie XII condamne lors de son message radiodiffusé de Noël 1941 « l'oppression, ouverte ou dissimulée, des particularités culturelles et linguistiques. » des minorités nationales ainsi que « l'entrave et le resserrement de leurs capacités naturelles » avec « la limitation ou l'abolition de leur fécondité naturelle ».
Dans le contexte du débat sur l'engagement progressif des États-Unis, Pie XII déclare que la condamnation du communisme exprimée dans Divini Redemptoris par Pie XI n'interdisait pas les catholiques américains de soutenir le prêt-bail accordé par les États-Unis à l'URSS, et de soutenir ainsi sa lutte contre le Reich (puisqu'elle n'est plus l'alliée d'Hitler depuis que celui-ci a envahi l'URSS, le 22 juin 1941).
1942
En mars 1942, Pie XII établit des relations diplomatiques avec l'Empire du Japon, puis avec la Chine nationaliste. Il nomme Hilarius Breitinger comme administrateur apostolique administrator pour le Wartheland en mai 1942 ce qui est perçu comme une reconnaissance implicite du partage de la Pologne. L'ambassadeur polonais Kasimierz Papée s'étonne du reste que le pape ne condamne pas les atrocités commises en Pologne.
En mars 1942, le chargé d'affaires slovaque apprend à Pie XII que le gouvernement slovaque planifie la déportation de "80000 juifs" en Pologne. Le Vatican proteste auprès du gouvernement slovaque en « déplorant ces mesures qui enfreignent le droit des gens, du seul fait de leur race».
Le 18 septembre 1942, le pape reçoit une lettre de Monseigneur Montini (futur pape Paul VI) disant que « les massacres prennent des proportions effrayantes ».
En septembre 1942, Myron Taylor, représentant des États-Unis à Rome, et ses homologues anglais, brésilien, uruguayen, belge et polonais préviennent que le « prestige moral » du Vatican est sévèrement compromis par sa passivité face aux atrocités, à quoi le cardinal Maglione répond que les rumeurs ne sont pas vérifiées.
Les représentants des puissances alliées, à l'appui de leur demande, font parvenir au Vatican le rapport qui leur est parvenu du bureau de Genève de l'Agence juive pour la Palestine.
Le 17 décembre 1942, toutes les nations alliées, condamnent officiellement l'extermination des juifs par les nazis et annoncent que les responsables n'échapperont pas au châtiment.
Le 24 décembre 1942, dans son message de Noël radiodiffusé, Pie XII évoque « les centaines de milliers de personnes, qui sans aucune faute de leur part, parfois seulement en raison de leur nationalité ou de leur lignage, sont destinées à la mort ou à un dépérissement progressif » et appelle à la paix.
Le 25 décembre 1942, le New York Times publie un éditorial dans lequel il est écrit : « La voix de Pie XII est bien seule dans le silence et l’obscurité qui enveloppe l’Europe ce Noël... Il est à peu près le seul dirigeant restant sur le Continent européen qui ose tout simplement élever la voix". »
Juste après Noël 1942, le représentant américain auprès du Vatican fait remarquer au Pape que le message papal de Noël 1942 ne pouvait répondre aux attentes. Le pape lui répond que, d'une part, « il n'aurait pu, en parlant de ces atrocités, mentionner les nazis sans mentionner également les bolchéviques et, qu'à son avis, cela n'aurait sans doute pas plu aux Alliés. [...] et que, d'autre part, « les récits des atrocités sont certes fondés, tout en m'indiquant par son attitude qu'à ses yeux, il y avait quelque peu d'exagération, voulue à des fins de propagande ».
En décembre 1942, Harold Tittmann suggère à Mgr Maglione de faire une déclaration similaire à la déclaration alliée German Policy of Extermination of the Jewish Race. Mgr Maglione lui répond que le Vatican « ne peut dénoncer publiquement des atrocités particulières». Le même Harold Tittmann écrira dans ses Mémoires, publiés par son fils en 2004 : « Je ne peux m'empêcher de penser qu'en évitant de parler, le Saint Père a fait le bon choix ; il a ainsi sauvé bien des vies ».
1943
Les déclarations
Le 2 juin 1943, dans un discours devant le collège des cardinaux, Pie XII exprime sa sollicitude envers ceux qui, à cause de leur nationalité ou de leur race, sont « livrés à des mesures d'extermination » dont il voudrait fustiger toute l'ignominie par le détail et en des termes plus forts, ainsi qu'il ressort des 124 lettres écrites aux évêques allemands pendant la guerre. Il fait cependant remarquer que « toute parole de notre part à l'autorité compétente, toute allusion publique doivent être sérieusement pesées et mesurées, dans l'intérêt même des victimes, afin de ne pas rendre leur situation plus grave et plus insupportable ». Les évêques néerlandais en avaient fait l'expérience lorsqu'en juillet 1942 ils avaient protesté contre la persécution des Juifs : aussitôt les Nazis avaient organisé une fouille minutieuse des monastères et des couvents, menant à une rafle des très nombreux Juifs cachés là, dont Edith Stein.
Le même jour, le pape ajoute une sortie sur la question polonaise : « le sort tragique du peuple polonais… le silencieux héroïsme de ses souffrances et sa place future dans une Europe refaite sur des bases chrétiennes et dans une assemblée d’États exempte des erreurs et des égarements du passé. » Ce texte est reçu avec ferveur par les Polonais, notamment par le cardinal Adam Stefan Sapieha, archevêque de Cracovie, qui n’en demande pas plus par peur des représailles.
Le 26 juin 1943, Radio Vatican déclare que « Quiconque établit une distinction entre les Juifs et les autres hommes est un infidèle et se trouve en contradiction avec les commandements de Dieu. La paix dans le monde, l'ordre et la justice seront toujours compromis tant que les hommes pratiqueront des discriminations entre les membres de la famille humaine. » C'est une excommunication en règle. Le New York Times cite et acte ce message dans son tirage du jour suivant.
Les Juifs de Rome
À la suite de l'occupation allemande de l'Italie du Nord, le Pape est directement confronté, à Rome, aux mesures de mises en œuvres de la Shoah par les forces allemandes. Le Vatican passe du stade des déclarations à celui d'actions concrètes, à la portée limitée, tardive et symbolique pour les détracteurs de Pie XII, ou significative pour ses défenseurs.
En septembre 1943, à la suite de l'occupation allemande de l'Italie du Nord, l'Église accorde le refuge à 477 Juifs à l'intérieur du Vatican et à 4 238 autres dans des monastères et couvents des environs.
Devant les atrocités commises par la Gestapo et les SS, le pape Pie XII laisse l'Osservatore Romano exprimer l'indignation de l'Église dans son numéro du 25 octobre 1943. Les Allemands font saisir le journal dans les kiosques et menacent de reprendre les perquisitions dans les monastères pour y débusquer les Juifs cachés.
Selon l'historien italien Giovanni Miccoli (université de Trieste), "En octobre 1943, lorsque des rafles sont organisées dans Rome, il fait convoquer l'ambassadeur allemand et le menace d'intervenir publiquement. Deux mois plus tard, l'Osservatore Romano publie un article qui incite les catholiques à protéger les Juifs."
Fin 1943, le commandant des S.S. de Rome ordonne au chef de la communauté israélite de fournir 50 kg d'or dans les 24 heures sous peine de déportation immédiate de 200 autres Juifs (une grande rafle ayant déjà eu lieu le 16 octobre 1943). La collecte n'ayant réuni que 35 kg d'or, le grand rabbin de Rome reçoit du pape Pie XII les 15 kg manquants, réunis grâce à une collecte auprès des catholiques de Rome.
Selon un symposium orgnisé en 2008 par une fondation américaine, Pie XII organisait, avec l'aide du clergé de Rome et des autres pays européens et d'Amérique latine (notamment la République dominicaine du général Trujillo), des réseaux pour faire échapper les Juifs aux Nazis. Par diverses filières, ils pouvaient ensuite gagner des pays neutres ou faisant partie de la conférence des Alliés.
1944
En mars 1944, par son nonce apostolique à Budapest, Angelo Rotta, le Vatican unit sa voix à celle du Roi Gustave V de Suède, de la Croix-Rouge, des États-Unis et de Grande-Bretagne pour protester contre les exactions contre les juifs hongrois Pie XII envoie un télégramme le 25 juin au régent Miklós Horthy, lui demandant d'épargner les populations qui souffrent « en raison de leur origine nationale ou raciale ». Les déportations cessent le 8 juillet 1944.
Fin août 1944, Pie XII lance un appel aux Londoniens et aux Anglais "pour les inviter au pardon des injures et leur demander de ne pas se venger de l'Allemagne des maux que celle-ci leur a infligés". » Le Times publie de nombreuses lettres de protestation.
Le 29 novembre 1944, une délégation de 70 rescapés vient, au nom de la United Jewish Appeal (organisme dirigeant du mouvement sioniste mondial), exprimer à Pie XII la reconnaissance des Juifs pour son action en leur faveur.
Conversion du grand rabbin de Rome
Le grand rabbin de Rome, Israel Zolli, se convertit à la religion catholique et entre dans l’Église avec sa femme et sa fille, le 13 février 1945, en choisissant pour prénom de baptême Eugenio, c’est-à-dire le propre prénom du pape. Il désire ainsi manifester l’importance qu’a eue le pape dans sa conversion, à commencer par son exemple de charité auprès des Juifs. Après sa conversion, on lui a souvent demandé s'il s'était converti par gratitude envers le pape Pie XII. Il a toujours répondu négativement, ajoutant toutefois:
« On pourrait dire du règne de Pie XII qu'il est inspiré par les paroles du prophète Isaïe : « La paix est l'harmonie, la paix est le salut pour ceux qui sont proches comme pour ceux qui sont loin, je veux tous les guérir » (Is. 57, 19). L'Église catholique aime toutes les âmes. Elle souffre avec tous et pour tous ; elle attend avec amour tous ses enfants sur le seuil sacré de Pierre, et ses enfants sont tous les hommes… Il n'existe pas de lieu de souffrances que l'esprit d'amour de Pie XII n'ait atteint… Au cours de l'histoire, aucun héros n'a commandé une telle armée. Aucune force militaire n'a été plus combattante, aucune n'a été plus combattue, aucune n'a été plus héroïque que celle menée par Pie XII au nom de la charité chrétienne. »
Au delà de la controverse concernant Pie XII, ne pourrions-nous pas qualifier celui-ci de Pape diplomate quand Jean XXIII pourraît être qualifié de réformiste, Jean-Paul II de pasteur et Benoit XVI de théologien.

