En préambule, il me paraît indispensable de définir clairement de quoi nous allons parler dans nos sociétés soi-disant développées.
1) Le Capitalisme est un mode de gestion de la société qui a la particularité de placer l'argent au coeur de ce système.
2) L'Humanisme est une philosophie qui place l'être humain comme priorité.
Dans ces 2 acceptions, le Capitalisme et l'Humanisme apparaissent antagonistes. En effet, comment placer en même temps comme priorités l'être humain et le capital puisque celui-ci est détenu par une minorité de l’humanité ?
Je vous propose donc de traiter du Capitalisme puis de l'Humanisme avant de tenter une réponse à la question posée.
1) Le Capitalisme :
Ce système économique de gestion de la société est maintenant quasiment le seul qui existe à travers le monde, le Socialisme ayant presque disparu de la surface du globe.
Le Capitalisme est né au milieu du XVème siècle en plein mouvement européen qui s'appelait... l'Humanisme. C'est aussi le temps de la découverte du Nouveau Monde, de l'imprimerie par Gutenberg et de la Réforme. À l’époque, les choses étaient simples : il y avait l'exploiteur (le patron) et l'exploité (l'ouvrier). La division de la société en 2 classes - Bourgeoisie et Classe Ouvrière - a perduré ainsi pendant toute l'industrialisation et se serait terminée avec la fin des 30 Glorieuses. Alain Minc, brillant économiste qu'on peut difficilement taxer de dangereux gauchiste, a lui-même déclaré que « c'est Karl Marx qui a le mieux analysé la société capitaliste ». Penchons-nous un instant sur le fonctionnement du capitalisme grâce à l'éclairage de cet expert :
Marx a donné 2 définitions qui me paraissent éclairer le fonctionnement de la société capitaliste :
➢ « le Capitalisme, c'est l'exploitation de l'homme par l'homme ». Pour être plus précis, je dirais que, la Classe Ouvrière travaille pour pouvoir se nourrir et vivre. Le travail de la classe ouvrière permet de dégager une marge bénéficiaire. C'est sur cette marge bénéficiaire que va se rémunérer la Bourgeoisie. On comprend rapidement que les aspirations de la Classe Ouvrière à être mieux rémunérée est antagoniste avec celles de la Bourgeoisie qui a intérêt à payer le moins possible ses salariés pour se rémunérer elle, le plus possible. On est dans le chiffre 2, les intérêts de la Classe Ouvrière et la Bourgeoisie se trouvent aux 2 opposés de la Règle à 24 divisions.
➢ « Fait partie de la Classe Ouvrière, tout homme qui doit se lever chaque matin pour gagner son pain. Fait partie de la Bourgeoisie celui qui exploite les ouvriers à son profit ». Cette classification de la société Capitaliste en 2 classes est-elle toujours aussi pertinente aujourd'hui, depuis que l'industrie s'est amoindrie au profit du tertiaire ? Où classer les commerçants ? Alors certes, l'articulation de la société s'est compliquée, ce n'est plus aussi simple que du temps des « Maîtres de Forges », mais Marx nous a donné une clef : qui doit se lever chaque matin pour gagner son pain ? L'ouvrier, le commerçant qui travaille (mais pas celui qui donne son établissement en gérance), l'employé, le cadre, les professions libérales et même les cadres dirigeants et les petits patrons qui dépendent tellement de leurs financements et des banques font partie de la Classe Ouvrière selon Karl Marx. Alors qui fait partie de la Bourgeoisie ? À l’évidence les actionnaires tel Arnaud Lagardère, Bernard Arnault, Pinault, Dassault...
Alors je me doute que certains d'entre vous sont surpris voire choqués par cette analyse de la société dans laquelle nous vivons. Certains m'opposeront que la lutte des classes n'existe plus. Alors certes, si la lutte a quasiment disparu, cela ne signifie pas pour autant que la séparation de notre société en 2 classes elle, n'existe pas. Cela montre simplement que la classe dirigeante a suffisamment divisé, maintenu dans l’ignorance et instrumentalisé la Classe Ouvrière pour faire croire à certains que leurs intérêts sont communs aux bourgeois. Mais je ne veux pas prendre parti et je préfère décrire factuellement le fonctionnement actuel du Capitalisme.
Par ailleurs la classe dirigeante a su aussi nous faire passer la valeur travail comme primordiale dans notre société. Pourquoi ? Parce que cela est son intérêt. Cela est contradictoire quand eux-mêmes ne travaillent pas. La Bourgeoisie s’enrichit grâce au travail des autres mais aussi grâce aux spéculations boursières. En effet, n’est-il pas choquant de constater que c’est par l’annonce de plans de licenciements que les valeurs des actions des entreprises cotées en Bourse augmentent notablement ?
Enfin, pour terminer à propos du Capitalisme, les guerres sont des outils qui permettent au capitalisme de se régénérer. Cela permet d’écouler les stocks d’armes produits, de relancer la production de l’armement pendant les guerres et de tous les secteurs après les conflits (eh oui, il faut reconstruire). Cela permet aussi de résoudre nombre de problèmes économiques (la crise des années 30 a été résolue grâce à la 2nde guerre mondiale) et, entre autres, celui du chômage. Je sais, mes propos sont cyniques. Mais est-il décent de constater que nombre de Prolétaires de tous les pays se font massacrer pendant les guerres alors que les Bourgeois de ces mêmes pays les décident souvent en toute complicité ? Thiers a pactisé avec la Prusse pour réprimer la Commune de Paris en lui abandonnant l’Alsace et la Lorraine. Le capitalisme Anglais, Nord-Américain et Français finançèrent le réarmement de l’Allemagne Hitlérienne. Si Karl Marx déclara : «prolétaires de tous les pays unissez-vous », les capitalistes l'ont transformé en « prolétaires de tous les pays,massacrez-vous. » Effectivement, ce sont les prolétaires qui se font massacrer alors que les Bourgeois tirent profits de leurs guerres, quels que soient les vainqueurs. Alors sont-ce mes propos ou la manière dont la société fonctionne qui est cynique et absurde ?
2) L'Humanisme :
L’Humanisme est une pensée qui apparaît pendant la Renaissance. Elle consiste à valoriser l’Homme, à le placer au centre de son univers. Dans cette optique, le principe de base de cette théorie est que l’Homme est en possession de capacités intellectuelles potentiellement illimitées. La quête du savoir et la maîtrise des diverses disciplines sont nécessaires au bon usage de ces facultés.
Il prône la vulgarisation de tous les savoirs. Ainsi, cet Humanisme vise à lutter contre l’ignorance, et à diffuser plus clairement le patrimoine culturel, y compris le message religieux. Cependant l’individu, correctement instruit, reste libre et pleinement responsable de ses actes dans la croyance de son choix. Les notions de liberté (ce que l'on appelle le « libre-arbitre »), de tolérance, d’indépendance, d’ouverture et de curiosité sont de ce fait indissociables de la théorie humaniste classique. L'Humanisme désigne toute pensée qui met au premier plan de ses préoccupations le développement des qualités essentielles de l'être humain. Dans l'acception actuelle, l'humanisme s'inspire de cette définition philosophique. On parle, par exemple, de l'humanisme « militant » de Voltaire. Depuis Montaigne, l'humanisme, ainsi conçu, a été un des éléments les plus constants de la pensée française. Parmis les « humanistes » les plus connus, on peut citer Érasme, Rabelais, Spinoza, Montesquieu, Kant, Condorcet, Tocqueville, Camus, Saint-Exupéry, Albert Jacquard,...
Force est de constater que ce mouvement philosophique mettant au centre de sa problématique l'être humain a permis la création du Capitalisme au XVème siècle.
Mais l'Humanisme a-t'il été initiateur d'une autre manière de gérer la société ? Le Socialisme, voulant placer le bonheur et l'épanouissement de chacun comme la priorité de son système s'est réclamé de l'Humanisme et de Karl Marx. Mais toutes les mises en application se sont avérées pires que le mal capitaliste qu'elles combattaient en engendrant des dictatures Léniniste, Stalinienne, Maoïste... Pourquoi de telles déviations ? Parce que le pouvoir a remplacé le profit financier. Or ces révolutions n'ont pu exister que dans des pays où la machine capitaliste s'emballait. Les plus pauvres n'ayant plus rien à perdre ont servi de bras armés aux manipulateurs pour prendre le pouvoir.
Il me semble important de se poser la question : « De quoi l’être humain a-t’il besoin pour parvenir à son épanouissement ? » En fait de 3 valeurs primordiales : un équilibre affectif, une sociabilisation et suffisamment d’argent pour vivre. Le travail n’est pas une valeur qui permet l’épanouissement de l’être humain malgré ce que souhaite nous faire croire la bourgeoisie. Le travail est un moyen de parvenir à combler 2 des 3 valeurs primordiales : la sociabilisation et l’argent. D’ailleurs, un gendre de Karl Marx, Paul Lafargue, réclamait le droit à la paresse. En effet, tous les gains de productivité conquis par la France depuis 25 ans (les plus importants au monde) n’ont profité qu’aux seuls capitalistes. Pourquoi ces gains ne profiteraient pas aussi aux salariés qui produisent les richesses et qui sont victimes 2 fois dans cette aventure : d’abord en ne profitant pas financièrement de ces gains ensuite en étant victimes des gains de productivité en étant jetés hors des outils de production sous le prétexte d’être devenus inutiles, comme de vulgaires machines devenues obsolètes. La justice sociale aurait voulu qu’une partie de ces gains de productivité profite directement aux salaires et une autre au traitement social du chômage, par la formation. Or, l’argent débloqué pour la formation continue s’amoindrit aussi… Alors soyons honnêtes avec nous-mêmes : qui continuerait à travailler s’il gagnait au loto de quoi vivre confortablement le reste de sa vie durant ? D’ailleurs les capitalistes ne travaillent pas eux, ils profitent (financièrement parlant) du travail des autres. Cela montre bien que le travail n’est pas une valeur essentielle pour l'épanouissement de l'être humain.
D'ailleurs, le psychologue Abraham Maslow, dans sa « pyramide des besoins », hiérarchise les besoins de l'être humain en 5 niveaux interdépendants (c'est à dire que pour atteindre le niveau supérieur, le niveau inférieur doit être comblé) :
a) Besoins physiologiques
b) Besoin de sécurité
c) Besoin d'amour et d'appartenance à un groupe
d) Besoin d'estime de soi et d'autrui
e) Besoin d'accomplissement personnel
Pour Maslow aussi, le travail n'est pas un besoin de l'être humain pour se réaliser, tout juste un moyen d'accéder aux 1er et en partie au 3ème niveaux de sa pyramide des besoins.
Enfin, pour conclure à propos de cette "valeur" travail. Dans quelles sociétés, cette valeur a t’elle été érigée en exemple si ce n’est en Union Soviétique où, après guerre, sous Staline, il y avait un concours de productivité entre les travailleurs ? Souvenons-nous, et certains ici peuvent en témoigner encore, qu’aux frontons des camps de déportations de l’Allemagne nazie on pouvait lire que « Le travail rend libre » alors que c’était la mort qui les attendait. L’URSS et le nazisme, Staline et Hitler ont été les pires plaies du XXème siècle.
Est-il donc impossible de changer de société pour un système plus juste, plus démocratique et plus humain ? Le seul exemple ayant existé à ce jour est « La Commune de Paris », soutenue par une grande partie des Francs-Maçons de l’époque. Là aussi, le peuple de Paris, affamé par le siège de l'armée Prussienne, n'avait plus rien à perdre. Il prit le pouvoir démocratiquement, sans effusion de sang et permit de grandes avancées sociales et démocratiques. Ce mouvement ouvrier d'une ampleur sans précédent, caractérisé principalement par sa démocratie populaire, fut salué par Karl Marx. Mais la répression fut sanglante : près de 40 000 exécutions sommaires, 20 000 arrestations et près de 9 000 déportations en Nouvelle-Calédonie opposées à 500 victimes « Versaillaises ». Ainsi, la seule démocratie populaire digne de ce nom avait vécue et l'Humanisme érigé en société n'était pas près de voir le jour.
Aujourd'hui, les mouvements anarchistes, écologistes et alter mondialistes pourraient être envisagé comme les héritiers du mouvement Humaniste.
3) Capitalisme et Humanisme sont-ils conciliables ou antagonistes ?
Mon travail semble s'orienter tout droit vers la conclusion que Capitalisme et Humanisme sont antagonistes, qu'ils sont 2 concepts diamétralement opposés. Ils résument la dualité entre l’Avoir (du Capitalisme) et l’Être de l’Humanisme. Pourtant, ce serait se contenter d'une vision simpliste de la problématique posée. Regardons avec plus d'acuité si Capitalisme et Humanisme sont conciliables...
Des expériences ont été menées. Par exemple celle de Jean-Baptiste Godin à Guise : ce philanthrope français, inspiré du socialisme utopique et du mouvement associationniste, créateur de la société des poêles en fonte Godin et du familistère de Guise. Il installa en 1846 une industrie qui employait en une vingtaine d'années jusqu'à 1500 personnes. Partisan de Fourier et d'une redistribution des richesses industrielles aux ouvriers, il créa un univers autour de son usine. Il favorisa le logement en construisant les familistères, des lavoirs et des magasins d'approvisionnements, l'éducation en construisant une école obligatoire et gratuite, les loisirs et l'instruction avec la construction d'un théâtre, d'une piscine et d'une bibliothèque. Tous les acteurs de l'entreprise avaient accès aux mêmes avantages quelle que soit leur situation dans l'entreprise. Mais il est à noter, qu'à sa disparition en 1888, la société des cheminées Godin devint automatiquement une coopérative et qu'il ne fut rien transmis à ses héritiers.
Pour introduire de l'humanisme dans la gestion capitaliste de notre société, encore faut-il que la Bourgeoisie partage les richesses tirées du travail ouvrier avec ces derniers plutôt que de tout accaparer pour elle.
Et plutôt que de jeter l'anathème sur des catégories de la population défavorisées - chômeurs, rmistes - en les accusant de paresse voire de malhonnêteté et de fraude, ou de traiter d'autres catégories de travailleurs de privilégiés - comme les fonctionnaires - ne serait-il pas plus pertinent de diriger ces regards vers certains grands capitalistes qui s'enrichissent en dormant. De surcroît, l'origine de certaines fortunes peut être douteuse (comme l'Oréal).
Je pense que si nous ne parvenons pas à concilier intelligemment Capitalisme et Humanisme par des mesures innovantes et la redistribuion des richesses comme l’a fait en son temps Jean-Baptiste Godin, le système Capitaliste ira tôt ou tard à sa perte en concentrant les richesses entre les mains des possesseurs de capitaux et en augmentant la pauvreté et le nombre de démunis. Quand les pauvres sont nombreux et qu’ils n’ont plus rien à perdre, ils sont capables de tout, y compris des révolutions. Alors si c’est pour bâtir une société comme celle qu’avait ébauchée les communards en 1871, personnellement, comme nombre de Francs-Maçons de l’époque, j’en serais très heureux. Mais le risque est aussi de se jeter dans les bras d’un dictateur tels Lénine, Staline, Hitler, Mussolini ou Bonaparte qui ont tous pris le pouvoir à la faveur d’une révolution. De cela, je n’en veux à aucun prix. Or, c’est le risque majeur si le Capitalisme continue ainsi à se radicaliser.
La société Capitaliste est obligée pour sa survie à long terme de partager avec leurs salariés les richesses des entreprises faute de quoi nous nous exposons aux affres d’une révolte voire d’une révolution des exclus de la société. Mais cela implique aussi que les salariés devront prendre aussi plus de responsabilité dans la gestion de leurs entreprises. C’est en cogérant les entreprises, les richesses et la société que la Bourgeoisie et la Classe ouvrière arriveront à concilier l’inconciliable : l’intérêt financier et humain dans notre société. Mais vous en conviendrez, ce n’est pas le chemin qui semble être suivi aujourd’hui. Tout reste à inventer tous ensemble en érigeant la pointe du triangle si nous souhaitons concilier le bien-être de tous les êtres humains dans notre société capitaliste.
Tableau récapitulatif des gains de productivité dans ces trois pays entre 1985 et 1994
|
|
France |
USA |
Japon |
|
croissance du PIB |
23% |
25% |
38% |
|
croissance de l'emploi |
3% |
15% |
11% |
|
Part des gains de productivité du capital |
86% |
25% |
71% |
|
Part de la croissance de l'emploi ( dans la croissance du PIB ) |
14% |
60% |
29% |


