La France s'autodéclare depuis la Révolution, la patrie des Droits de l'Homme. Mais, historiquement, qu'en est-il réellement ?
On peut faire partir la conquête des droits pour les êtres humains par le Code d'Hammourabi (fondateur de l'empire de Babylone vers 1730 avant JC) puis le Décalogue de l'Ancien Testament (une sorte de "préhistoire" des Droits de l'Homme).
Un des premiers textes s'établit contre l'arbitraire de la couronne est la Grande Charte des Libertés d'Angleterre - la Magna Carta - en 1215.
Les Franchises de Genève en 1387 reconnaissent aux citoyens de ne plus être arrêtés arbitrairement ni taillables et corvéables à merci tout en garantissant la sécurité des biens et des personnes, y compris étrangères.
En 1598, l'Édit de Nantes est un jalon pionner de nouvelles conquêtes amenant la tolérance de 2 confessions sur le royaume de France, fait totalement inédit à l'époque.
En 1628, c'est en Angleterre qu'est imposé au roi Charles 1er la Pétition des Droits.
Mais l'Habeas Corpus en 1679 garantit la liberté individuelle contre les risques d'arrestations et de répressions arbitraires et respecte les droits des accusés et des prisonniers sous Charles II d'Angleterre.
Le début de vrais droits dans un pays, ce sont la Déclaration des Droits (Bill of Rights) imposés à la future Reine Mary (fille de Jacques II) et à son époux Guillaume d'Orange. Cette déclaration parachève en 1688 la Révolution Anglaise en mettant fin à l'absolutisme royal. C'est le premier texte qui est un véritable contrat social entre le souverain de droit divin et le peuple son souverain. Dès lors, tous les souverains d'Angleterre seront obligés de signer cette Déclaration avant d'être couronnés. Le peuple obtient le droit de vote, l'article 1er énonce le principe essentiel que l'autorité royale n'a pas force de loi et que la loi est au-dessus du roi. Nous y trouvons aussi les garanties judiciaires et la protection de ses libertés individuelles. peu de temps après, la liberté de culte sera accordée aux protestants.
En 1755, Pascal Paoli, en s'inspirant des réflexions de son ami Jean-Jacques Rousseau, établit la première constitution moderne d'une République avec une Déclaration des Droits de l'Homme (rédigée en italien).
En 1776, Thomas Jefferson utilise les Déclarations de Virginie (Virginie Bills of Rights) du 11 juin 1776 et la Déclaration Corse de Pascal Paoli de 1755 pour rédiger la Déclaration des Droits de l'Homme Américaine adoptée lors de la Déclaration d'indépendance du 4 juillet 1776.
La Déclaration des Droits de l'Homme en France est adoptée le 26 août 1789, après la prise de la Bastille, la capitulation de Louis XVI, la création de la Constituante et l'abolition des privilèges. Cette Déclaration fut réclamée par le député du Dauphiné Jean-Joseph Mounier et par La Fayette et rédigée par l'abbé Sieyes. Elle comporte 17 articles.
La déchéance du Roi et la constitution de l'an I (1793) implique une nouvelle déclaration qui sera adoptée le 23 juin 1793. Elle comporte 35 articles et reprend les principes de la Déclaration de 1789. Elle insiste sur l'égalité et la solidarité. Elle abolit, sous l'influence de Robespierre (par la loi du 16 pluviose an II - 4 février 1794), l'esclavage. Mais il faudra attendre 1848 et Victor Schoelcher pour une déclaration officielle d'abolition de l'esclavage afin que celui-ci soit réellement appliqué car Napoléon rétablit celui-ci le 20 mai 1802 en cédant aux intérêts esclavagiste de son épouse créole. Napoléon l'abolit de nouveau pendant les 100 jours en 1815 mais cela restera sans effet.
Après la chute de l'Incorruptible, une nouvelle Déclaration est adoptée en 1795 qui revient largement sur les conquêtes de celle de 1793 en insistant plus sur les devoirs.
Partout dans le monde, après le choc terrible de la première guerre mondiale, vont apparaître de nouvelles déclarations :
En Amérique centrale avec la Constitution des Etats Unis mexicains (1917).
En U.R.S.S. avec la Déclaration soviétique des droits du peuple travailleur et exploité (1918).
En Allemagne avec la Constitution de Weimar (1919).
Mais c'est avec la Déclaration des droits de l'enfant ou Déclaration de Genève, adoptée en 1924 par la Société des Nations, que le mouvement des droits de l'homme prend une dimension internationale.
La seconde guerre mondiale va accélérer ce processus :
La Charte de l'Atlantique, issue d'une rencontre entre Churchill et Roosevelt sur un navire de guerre en 1941, sera très vite suivie en janvier 1942 par la Déclaration des Nations unies: 26 Etats s'y déclarent unis pour lutter contre les puissances germano-italiennes de l'Axe et promettent de le rester après le conflit pour créer une organisation internationale oeuvrant pour la paix dans le monde.
La Déclaration universelle des droits de l'homme, est adoptée par l'Assemblée générale des Nations unies, à Paris, le 10 décembre 1948.
Vous pouvez le constater à travers ce bref rappel historique, il me semble extrêmement difficile pour la France de pouvoir revendiquer la paternité des Droits de l'Homme, qui plus est dans un pays qui aujourd'hui a énormément de difficultés pour faire respecter ces Droits sur son propre territoire. La France doit rester humble et, si elle veut être prise au sérieux à travers le monde, c'est de retrouver l'esprit des Lumières qui a pu l'animer. Son aura, ne pourra revenir que par l'exemple.
Mais nous devons aussi réfléchir sur la portée universelle de ces Droits de l'Homme.
Force est de constater, que ce soit en France, en Grande-Bretagne, au États-Unis, en Corse ou même à Babylone ou Jérusalem pour les droits les plus anciens, ces principes considérés comme fondamentaux et naturels concernent notre civilisation Judéo-Chrétienne. De plus, les pays ayant réellement réalisés des avancées significatives à propos des Droits de l'Homme sont tous issus d'un mouvement philosophique beaucoup plus ample qui régna sur l'Europe (particulièrement la Grande-Bretagne, l'Allemagne, la France) et les États-Unis d'Amérique que l'on nomme "mouvement des Lumières". Ces Lumières vont effectivement rayonnées et éclairées le monde, sans oublier leur conception libérale de l'économie. De ces Lumières, nos pays occidentaux en sont bien encore les héritiers.
Prenons des exemples comme le droit de propriété qui fut le prétexte pour les pays satellites de l'U.R.S.S. de ne pas ratifer la Déclaration Universelle sous prétexte qu'il n'y avait pas de propriété individuelle dans leur pays.
Parlez de nationalité, de territoire, de propriété à des peuples nomades comme les Touaregs ou les Aborigènes. Il ne savent même pas de quoi il s'agit.
Parlez aussi aux enfants des Aborigènes ou des peuples du Khalahari de l'école. Ce mot n'existe pas dans leurs langues.
Aussi, je pense qu'il ne faut pas imposer la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme au monde entier. Nous pourrions en revanche l'imposer aux Nations de culture judéo-chrétienne. Car cela reviendrait à un néo-colonialisme (sous de bons prétextes certes) en imposant nos valeurs d'occidentaux à des peuples qui n'en ont rien à faire. La colonisation française se donnait une "mission civilisatrice" et on sait tous ce qu'il en advint... Nous avons fait assez de mal et traumatisé assez de peuples pour ne pas continuer et leur reconnaître le Droit à disposer d'eux-mêmes dans leurs cultures.
Une Déclaration qui pourrait être réellement UNIVERSELLE devrait être basée sur la dignité des êtres humains, sur la liberté, sur l'égalité, sur la fraternité et devrait être beaucoup plus générale.
Il ne faut pas confondre Droits de l'Homme et Droits-de-l'Hommisme...
Mais quelle est la plus belle leçon de Droits de l'Homme autre que celle nous donne Jésus-Christ en nous donnant le seul commandement : "Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé." Quand on sait qu'il s'est sacrifié par amour pour les être humains, en prenant exemple sur lui, d'une manière Libre, les être humains pourraient accéder à plus de dignité et d'amour les uns pour les autres.
Un autre précepte pourrait tout aussi bien être adjoint à ce commandement : "Fais à autrui ce que tu voudrais qu'il te fut fait à toi-même' ou mieux encore : "Fais à autrui ce qu'il voudrait lui-même qu'il lui fut fait à lui-même" ce qui engendrerait une approche d'amour envers notre prochain et passer ainsi d'un "je pense donc je suis" en un "je pense donc tu es".
Car malgré toutes les conquêtes des droits de l'homme à travers les siècles, ceux-ci, reflétant une pensée bien libérale, demeurent dans le verbe avoir alors qu'à mon sens, pour atteindre une réelle dignité humaine nous devrions passer au verbe être.

