Quelle tristesse de constater que 53 % des inscrits n'ont pas été voté pour le 1er tour des élections régionales.
Et comment des partis politiques osent encore soit se pavoiser d'une victoire ou d'une non-défaite !
Pour eux, dimanche, personne n'a perdu, tout le monde a gagné et cela ne remet rien en cause.
Pour le PS, 30 %, c'est une victoire ! Avec moi de 50 % de votants, cela fait en réalité moins de 15 %.
Pour l'Ump avec 26 %, c'est la même chose.
On ne se pose pas la question de fond, pourquoi un tel taux d'abstentionnistes. La cause, pour moi est multifactuelles :
1) Peu de gens connaissent leur Président de Région et encore moins les compétences qui leurs incombent.
2) Le rejet massif de la politique de petites magouilles faite aujourd'hui.
3) Le rejet très large de la politique gouvernementale certes, mais sans emporter l'adhésion du parti adverse.
Mais cela ne fait réfléchir presqu'aucun de nos politiques. Ils ont raison. Leur stratégie est la bonne.
Pourtant on ne peut que constater que les électeurs les mettent quasiment tous dos à dos en rejettant globalement la politique.
Les électeurs rejettent la stratégie du Modem qui s'appuyait sur un effondrement du PS.
Ils rejettent tout autant la stratégie anti-laïque du NPA qui a sorti de son chapeau une candidate portant le voile intégral.
Les électeurs se réfugient dans le vote frontiste à cause du débat sur l'identité nationale (dixit JM Le Pen lui-même) entamé par le ministre Besson. Avouons que le FN fait un grand retour sur le plan national et régionalement (Nord, Alsace, PACA) encore plus. Là aussi, vis à vis de FN, Sarkozy a échoué en se vantant d'avoir "tué" Le Pen.
Les électeurs rejettent aussi la stratégie du Président de la République qui est de faire le plein des voix de droite au 1er tour sans avoir d'autre réservoir de voix. Ils sont troublés et rejettent aussi la stratégie "d'ouverture" du Président.
C'est pour toutes ces raisons que le PS émerge. Mais il ne doit pas pavoiser. Car nul doute que que la droite Sarkozyste aura l'intelligence de faire les mêmes réflexions que moi et se resaisira.
Et le PS ne doit pas tomber dans la satisfaction. Eux aussi traversent des soucis. Ils n'arrivent toujours pas à s'accorder avec les Ecologistes ou les Partis de Gauche pour le 2ème tour. Triangulaires inutiles et contre-productives. Le PS va t'il offrir certaines régions à la droite à cause de désaccords à propos de siège et de flatteries régionales ?
Déjà, le PS et Europe Ecologie n'avaient pas su s'entendre pour la région Languedoc-Roussillon pour le 1er tour. Conséquences : ils ne peuvent, ni l'un ni l'autre se maintenir au deuxième tour et sont contraints, après avoir condamner et tellement décrier, à raison, Georges Frêche, de le soutenir. Le Président de la Région doit boire du petit lait. Comme disait un autre Georges, Marchais, c'est un scandale !
Néanmoins, force est de constater que Martine Aubry, 1ère secrétaire du PS, sort renforcée de ces élections et devient de plus en plus comme la "patronne incontestée du PS". De là à en devenir la candidate naturelle à la Présidentielle il n'y a qu'un pas. Mais un pas encore difficile à franchir mais qui est nécessaire pour gagner une présidentielle en France sous la Vème République.
Le PS a oublié que pour gagner une Présidentielle, c'est la rencontre d'un candidat ou d'une candidate soutenu pas un grand parti politique de militants avec le peuple français. On voit depuis des années le candidat du PS à l'élection Présidentielle et pas un candidat à l'élection Présidentielle soutenu par le PS. La différence peut paraître anodine mais elle est cruciale dans notre république. A gauche, seul François Mitterrand l'avait compris : il avait pris le PS, le maîtrisait quand il s'est présenté. Peu pouvaient oser lui contester ce leadership. Martine Aubry se met en position réelle de leadership du PS. Encore faut il qu'elle confirme. Elle a le tempérament, l'intelligence et la force pour y parvenir mais méfiance vis à vis de ses "amis"...
Néanmoins, on peut constater que, depuis les résultats de ce 1er tour des élections régionales en France, la stratégie d'Europe Ecologie semble bonne :
Europe Ecologie voulait s'imposer comme le 3ème parti de France, incontournable pour le PS, c'est un succès.
La bipolarité voulut par l'UMP en amalgamant toutes les composantes de droite de De Villiers au "Centre" se révèle être mauvaise car il n'y a plus de réservoir de voies et qu'il y a une résurgence d'un second parti de gauche, les écologistes. La stratégie de l'UMP qui était d'étouffer Le Pen en remettant sur le tapis la question de la nationalité ne marche plus. Les électeurs ne sont plus dupes aux discours sécuritaires de Sarkozy et Le Pen représente le 4ème parti de France, juste derrière les écologistes que chacun dit être les grands vainqueurs, il ne faut pas le négliger.
La stratégie du Modem qui était de se glisser entre les 2 blocs UMP et PS voulant ramener à lui les mécontents des 2 bords est un échec total. La politique moderne est dans la stratégie de l'alternance gauche / droite. Les mouvements politiques doivent choisir leur camp (même parfois en changer comme c'est souvent le cas des libéraux dans les autres démocraties). Toutes les tentatives de faire émerger une force centriste qui "rassemblerait 2 Français sur3" furent un échec. Le Modem est devenu négligeable et le PS ne se pose plus la question d'une quelconque alliance avec lui.
Le PS s'en sort plutôt bien car il était en position d'attente. Il aurait préféré une statut égémonique à gauche de type UMP à droite mais les écologistes l'en ont empêché ce qui lui permet de faire des alliances pour le 2ème tour, y compris avec le Front de gauche.
La vie politique s'est donc réorganisée : le parti le plus nombreux de France reste les abstentionnistes suivi par le PS et l'UMP. Avec un gros décrochement, nous trouvons Europe Ecologie et le Front National au coude à coude. A gauche, nous voyons une résurgence d'un petit Front de Gauche, comme force d'appoint. L'écroulement du Modem et du NPA nous montre aussi que la 3ème voie entre droite et gauche proposée par certains n'a été choisie ni à l'extrème gauche, ni au centre mais chez les écologistes plutôt Bobo, un peu marqués à gauche (pas toujours d'ailleurs quand on se remémore l'élection à la mairie de Montreuil de Dominique Voynet, élue avec les voix de la droite, contre le candidat de gauche Jean-Pierre Brard.)
Une trahison de plus pour Bayrou, celle de la vice Présidente du Modem Corinne Lepage qui, curieusement va retrouver les Verts bien ancrés à gauche, elle qui fut une ministre de Jupé et Chirac.
À l'issue du deuxième tour, point de grands enseignements supplémentaires.
L'abstention est toujours importante (près d'un électeur sur 2 s'est abstenu). S'il n'est pas envisageable de faire du triomphalisme pour l'UMP, je pense que le PS devrait aussi rester très prudent. Car le taux d'abstention montre un rejet global et très important de la politique et des politiques de tous les partis. Bien sur, pour la majorité présidentielle, il s'agit d'un rejet particulier de sa politique. Mais je ne vois pas une adhésion à l'opposition conduite par le PS ou à Europe Écologie ou au Front de Gauche.
Et Nicolas Sarkozy montre par son mini-remaniement ministériel, qu'il n'a pas vraiment écouté les Français. Il envoie quelques signaux à ses amis de droite, centristes, Villepinistes et Chiraquiens qui ressemble plus à de la cuisine électorale et politicienne qu'à un réel réajustement de sa politique. Je ne pense pas que c'est pas ces opérations de basse politique que les électeurs Français retrouveront confiance en leurs hommes politiques. Les Français attendaient autre chose de leur Président de la République. La seule chance pour Sarkozy pour pouvoir continuer ses "réformes" et se représenter à la Présidentielles de 2012 est de compter sur les divisions qui ne vont pas tarder à arriver au PS par luttes d'égaux de certains dirigeants. C'est comme ça que, depuis des années, le PS gagne les élections de moindre importance et qu'il perd les présidentielles suivies des législatives. Cette fois, le collectif PS en tirera t'il les conclusions ? On verra, mais je crains que non.

