Oui, j'ai mis du temps à réagir à l'émission "Zone extrême" diffusée sur France 2 le 17 mars dernier. Mais c'est que cela m'a demandé plusieurs réflexions.
Expérience de Milgram dans le film "I comme Icare"
Dans son confort de son salon, chacun critique les Allemands qui se sont laissés entrainés dans le nazisme, chacun critique les ordres iniques que l'armée peut nous ordonner, chacun s'insurge contre les tortionnaires (y compris de l'armée Française pendant la guerre d'Algérie), les excès du Maccarthisme, ceux du Maoisme et du Stalisnisme et chacun d'entre nous tous sommes certains que nous conserverons tous notre sens moral et notre sens critique face à des ordres et on se plait à cracher sur les facho, les coco, Aussaresse. Mais aurions-nous fait mieux ?
Car je pense, que bien plus que la simple obéissance aux ordres de l'autorité de la télévision qui nous mène à certaines réflexions sur la télévision et ce qu'elle nous influe, je crois qu'on peut entrer dans un plus vaste sujet : l'obéissance aux ordres quelqu'ils soient et notre transformation possible en bourreaux et assassins si tant soit peu qu'une autorité que nous reconnaissons nous ait correctement manipulée.
Et là, le constat est cinglant ! Combien de personnes arrêtent d'infliger des tortures quand cela devient insupportable au candidat qui est sensé être électrifié ? Très peu en vérité : 20 %. Le public même ne commence à rire qu'à partir de 80 Volts, quand les souffrances commencent à se faire sentir. Et certaines décharges électriques iront jusqu'à 460 Volts de quoi tuer largement un homme.
Alors bien plus que de me pencher sur le copiage d'un jeu télévisé et de trouver cela de mauvais goût, je pense que nous devons mieux nous regarder en face, dans notre miroir.
C'est ce qu'a osé faire un jour Fredericks, Goldman, Jones dans une chanson célèbre : "né en 17 à Leindenstadt".
Chacun d'entre nous doit avoir le courage de faire ce travail qu'a osé faire honnêtement ces artistes plutôt que de critiquer les gens qui se font enrôler dans des sectes, ceux qui approuvent les dictatures, les ordres iniques qui les transforment en bourreaux. Car nous sommes tous, sans exception, des assassins en puissance si tant soit peu que le conditionnement soit fait correctement fait. Et on sait que c'est le propre des dictateurs, des gouroux de sectes et des chefs de l'armée que de nous conditionner. C'est aussi le propre de la télévision aujourd'hui comme cette émission nous le rappelle cruellement. Le Lay, PDG de TF1 le 13 juillet 2004, qui, interrogé parmi d'autres patrons, expliquait que : « (...) Nos émissions ont pour vocation de rendre (le cerveau du téléspectateur) disponible : c'est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible. »).
Les propos de M. Le Lay sont éloquents et dignes de quelqu'un qui manipule les téléspectateurs. Les cerveaux des auditeurs de TF1 (et des autres aussi) sont formatés et ce que nous avons pu voir lors de l'émission passée sur France 2 en est la triste illustration. Si nous ne vivons pas dans une dictature telle que celles imposées par Hitler, Staline, Napoléon (que nous célébrons toujours soit dit en passant) ou autre..., nous pouvons légitimement nous poser la question si nous ne vivons pas une sorte de dictature cathodique dirigée par les puissants qui sont aujourd'hui les gouroux des temps modernes. Dictature plus discrète certes mais non moins efficace, nous en avons eu la preuve pour ceux qui auraient pu en douter.
J'espère que cette émission nous fera comprendre à tous que nous devons retrouver nos sens critiques. J'espère que nous serons plus tolérants vis à vis des gens qui se font entraîner sur ces pentes savonneuse de l'obéissance et du conditionnement. Ces personnes sont des victimes, elles doivent être éclairées sur ce qu'elles risquent et aussi ce qu'elles font subir aux autres. Mais les personnes qui regardent toujours la télévision quelques jours après la diffusion de l'émission de France 2 n'ont pas diminuées et il y a fort à parier que mes espoirs soient vains, malheureusement.
Mes billets d'humeurs, à leur mesure aussi petite soit elle, tentent d'apporter des réflexions différentes sur le système de dictature bien-pensante dans lequel nous vivons. Je ne dis pas que j'ai raison, j'espère simplement apporter quelques réflexions. C'est en cela aussi que des gens atytiques comme Zemmour ou Alain Duhamel ou Elisabeth Badinter sont intéressants : par leur pouvoir de nous faire réfléchir plus que par leurs opinions propres. Mais ils sont marginaux et empêchent un tant soit peu la dictature médiatique d'être une voix unique et monocorde.

