Le peuple Tunisien est parvenu a renversé son dictateur soutenu par tous les pays occidentaux, France comprise. Cela faisait des mois voire des années que nous savions, par le ministère des Affaires Etrangères et nos services d'espionnage - pourtant particulièrement bien renseigné lorsqu'il s'agit de nos anciennes colonnies - que des rebellions existaient en Tunisie. Avons-nous encouragé le peuple nous, la France, qui nous disons être la patrie des Droits de l'Homme (ce qui est très contestable comme je le dis dans un autre billet d'humeurs) ? Pas du tout ! Notre Ministre en tire des Affaires Etrangères, Mme Michèle Alliot-Marie (qui aurait mieux fait de se taire) a proposé à M. Ben Ali les compétences de la Police Française afin que celui-ci puisse réprimer dans l'ordre le peuple Tunisien (soi-disant pour éviter le bain de sang). Et la France de Sarkozy n'a toujours pas saisi les avoirs de la famille Ben Ali. Une instruction a été ouverte grâce à un dépôt de plainte mais qui n'a pas été déposée par le gouvernelment Français. Tout juste, Sarkozy a demandé de "surveiller" les mouvements d'argent de cette famille corrompue et n'a pas accepté de donner l'exil au dictateur. C'est le moins que l'on pouvait faire !
Quant au voyage de Michèle Alliot-Marie et de son compagnon à bord d'un jet privé d'un ami milliardaire (ce qui est déjà suspect dans un pays gangréné par la corruption) et alors que la Révolution Tunisienne était en marche, que le jeune s'était immolé par le feu et que le pays était en pleine révolte, c'est indécent et si notre ministre avait un peu d'honneur, de dignité et de décence justement, elle aurait démissionné plutôt que de restée accrochée à son maroquin...
Le gouvernement Français a été complètement dépassé par la Révolution Tunisienne et a misé, à tort, sur le Président Ben Ali, plutôt que sur le Peuple Tunisien. Mal lui en a pris ! Maintenant nous sommes ridicule - d'autant plus qu'on ne fait pas grand chose pour nous rattraper - et c'est le peuple Tunisien qui peut nous donner des leçons de démocratie.
Mais pour finaliser cette Révolution, le chemin sera encore long et difficile, de nombreux ministres de Ben Ali restant accrochés à leurs sièges. La partie n'est pas encore gagnée.
L'effervescence révolutionnaire a gagné d'autres pays du Maghreb comme l'Egypte et l'Algérie. La Révolution Egyptienne vient d'aboutir. Mais la France, cette fois, paraît plus timorée prenant officillement du recul et ne voulant pas se mêler des affaires intérieures d'un pays (surtout quand on a un Premier Ministre qui a fait une visite officielle dans ce pays fin décembre à l'invitation de Moubarak). Alors Sarkozy ne soutient ni le peuple Egyptien ni le Président Moubarak qui se maintient à la présidence depuis si longtemps que grâce à l'armée qui est entrain de le "lâcher". Et pourtant... La France n'est-elle pas l'alliée objective de l'Egytpe de Moubarak avec les USA et les autres pays occidentaux ? Peu de gens savent où travaille le frère du Président Moubarak. Je l'ai eu comme client (assez pénible et exigeant d'ailleurs). Ce petit monsieur travaille à Paris, à l'Institut du Monde Arabe, chargé de la réception des marchandises. Ce n'est pas la bonne planque ça, offerte par la France ?
Aujourd'hui, Khadafi est mis à mal et son maintient à la tête de la Lybie n'est sans doute plus qu'une question de jours ou de semaines depuis que l'ONU a décidé de protéger les insurgés par tous les moyens. Et nous nous sommes autorisés à bombarder l'ouest de la Lybie mais est-ce pour défendre l'est ou pour attaquer l'ouest de Khadafi qui plus est dans une impréparation quasi-totale. Si le mandat de l'ONU nous assigne de défendre les révoltés, il ne nous permet pas de faire la guerre à Khadafi. Et pourtant, c'est bien d'une guerre dont il s'agit, avec un fort risque que la Lybie soit à l'Europe, l'Irak des USA (bizarrement si timides dans cette guerre contre la Lybie mais qui en ont pris le commandement). Bahrein, le Yemen, la Syrie et même l'Arabie Saoudite sont le théâtre de révoltes de leurs peuples. Quelle est la voix de la France dans ce cadre ? Rien, silence radio ! Pas un mot de soutien pour ceux qui se battent pour leur liberté au péril de leur vie.
Mais n'en déplaise à certains, les révolutions Tunisiennes, Egyptiennes et Lybiennes sont aussi différentes les unes des autres. En Tunisie, c'est le peuple dans son entier qui s'est révolté contre la dictature de Ben Ali (la France a soutenu la dictateur jusqu'au bout, cf. MAM). En Egypte, les Frères Musulmans (intégristes patentés) sont une force importante de la rébellion (la France a alors été très timide dans son soutien aux révoltés). Mais face à Khadafi, la France envisage, avec le Royame-Uni, des frappes militaires contre le dictateur alors qu'elle lui a déroulé le tapis rouge il y a encore peu (d'ailleurs pourquoi la Lybie de Khadafi et pas la Côte d'Ivoire de G'bagbo ? Pourquoi ne pas intervenir aussi au Bahrein ? Au Yemen ? En Syrie ? Y aurait-il 2 poids 2 mesures ? Voulons nous nous refaire une virginité après la réception grandiose de Kahdafi à l'Elysée ? Ou est ce parce que la Lybie a du pétrole et pas la Côte d'Ivoire ? Le poids des pays Arabes et en particulier de l'Iran et de l'Arabie Saoudite nous empêche t'il d'intervenir chez ses voisins du Bahrein, du Yémen et de la Syrie de peur de voir l'approvisionnement en pétrole coupé par l'Arabie Saoudite ? On a beau avancer de grands principes quand cela nous arrange, on sait aussi les mettre de côté quand il le faut (comme nous avons su le faire en son temps vis à vis de Khadafi, de Moubarak, de Ben Ali ou de Gbagbo.
De plus, sans avaler les couleuvres que voudraient nous faire passer Khadafi qui dit que les révoltés sont manipulés par Ben Laden, il faut bien reconnaître que la personnalité la plus en vue des révoltés est un Immam. Certes, ce dernier se défend de vouloir faire de la Lybie une République Islamique. Mais il a déclaré aussi au journal d'Arte du vendredi 11 mars : "vouloir une République qui respecte les lois du Coran dont la Charia." Voilà qui devrait nous faire réfléchir avant de soutenir ce genre d'individus ! D'ailleurs, on vient d'apprendre ce 16 mars que Khadafi n'est pas si fou puisque les liens entre Al Quaida et la rébellion Lybienne viennent d'être officiellement reconnus. La famille Khadafi aurait des preuves de leur soutien financier à la campagne électorale de Nicolas Sarkozy à la Présidentielle de 2007. Les faits sont à prouver bien sûr mais il serait étonnant qu'il n'y ait pas de fumée sans feu.
N'en déplaise à Mme Rama Yade qui cite le Général de Gaulle qui disait : "il y a un pacte vingt fois séculaire qui lie la grandeur de la France à la Liberté du monde", la France n'arrête pas de donner des leçons de démocratie et de Droits de l'Homme au monde entier. Mais au nom de quoi ??? La France aurait-elle cette singularité par rapport à tout autre pays du monde de l'éclairer parce qu'elle aurait inventer les Droits de L'Homme ? Non, la France n'a pas inventé les Droits de l'Homme.
Si la France veut reprendre cette grandeur qui la lie à la Liberté du monde, elle doit être toujours aux côtés de ceux qui luttent peur leur liberté, pour l'égalité, pour la fraternité, pour leur dignité d'être humain plutôt que de privilégier ses intérêts financiers dans les divers pays du monde. Mais cela, c'est un choix philosophique et politique qui fait passer l'être humain et les peuples avant l'argent. Pouvons-nous espérer cela de la France pays capitaliste ? Et pourtant, quand un premier minstre de la France, M. De Villepin, fait un discours à l'ONU pour refuser d'aller faire la guerre au peuple Irakien, ça n'a pas de la gueule ? C'est pas comme ça qu'on l'aime la France ?
La France doit aussi être beaucoup plus humble et accepter les leçons que nous donnent ces peuples qui se révoltent.
Si dans mon billet d'humeurs j'ai beaucoup fustigé notre gouvernement actuel, il ne faut pas non plus se cacher la face sur le comportement du Parti Socialiste qui, au pouvoir, a fait guère mieux surtout quand on sait qui fait partie de l'Internationale Socialiste (G'bagbo, Moubarak, Ben Ali...) alors je ne pense pas que le PS puisse nous donner de grandes leçons sur ce sujet. Sans compter le déplacement de DSK, Président du FMI, à Tunis et ses rapports étroits avec Ben Ali...
Alors je souhaite courage et bonnes luttes aux peuple qui s'affranchissent de leurs dictateurs mais qui n'en sont pas sortis encore pour autant (l'armée et tous ceux qui, parasites de leur peuple, profitaient de leurs fonctions ne sont pas prêts à les lâcher comme ça) et j'espère que nos gourvenements occidentaux et Français en particulier, en tireront les leçons.
Si ces pays que tous croyaient stables, que les peuples étaient serviles sous la férule de dictateurs spoliateurs se sont révoltés, au point de mettre à bas la dictature qui les dominaient alors tout est possible. Comme les pays du bloc de l'est de 1989 à 1991 où les peuples se sont révoltés contre leurs régimes oppressifs, ce qui a engendré la chute du mur de Berlin, un premier gouvernement non pro-soviétique en Pologne et qui aboutit à l'effondrement de l'empire Soviétique, personne, aucun gouvernement ne croyait en ces nouvelles révolutions au maghreb. Mais tous ces peuples nous donnent une grande leçon de démocratie : oui, le pouvoir appartient au peuple ! Et je me prends à rêver que la Révolution démocratique est possible aussi en France...

