Après ses vacances en Tunisie, ses liens étroits avec la famille Ben Ali et d’un milliardaire Tunisien lui payant ses vacances puis, dernièrement, des liens délicats de sa famille dans des achats immobiliers en Tunisie, Michèle Alliot-Marie, ministre des affaires étrangères et chef de la diplomatie Française, et à travers elle l’image de la France dans le monde, a perdue toute crédibilité non seulement en France mais à travers toute la planète. Il est certain que cela ne va pas faciliter la Présidence du G8 et du G20 par le Président Sarkozy…
Mais le pire est venu. Nicolas Sarkozy a annoncé lundi 13 février, sa décision de dédier les festivités de l'année du Mexique en France à Florence Cassez, une jeune française condamnée à 60 ans de prison par la justice mexicaine pour complicité d'enlèvement et de séquestration. Notre ministre des affaires étrangères, non contente de réagir publiquement de concert avec le Président touchant à l’émotion et sur la corde sensible des Français, c’est payée de luxe de critiquer ouvertement la justice d’un pays souverain qui prendra la suite de la France à la présidence du G20, en évoquant le sort de Florence Cassez lors d'un discours au Sénat en présence de l'ambassadeur du Mexique, qui a quitté la tribune d'honneur.
Comment ne pas comprendre que Mexico ait annoncé son retrait de l'année du Mexique et le que le président français n'ait pas réussi à joindre au téléphone son homologue mexicain, Felipe Calderon ? De quel droit notre diplomatie peut-elle critiquer la justice d’un pays souverain ? N’est-ce pas le meilleur moyen de se le mettre à dos ? Sarkozy et Alliot-Marie défendent Florence Cassez contre vents et marées à haute voix en criant bien fort ! Mais ils la défendent parce qu’elle est innocente (ce qui reste quand même à prouver quand on est si lourdement condamnée pour enlèvement et séquestration…) ou parce qu’elle est Française et qu’une fois de plus l’UMP veut jouer sur la corde nationaliste en vue des prochaines élections ?
On peut réellement se poser la question s’il y a un pilote dans l’avion « rayonnement de la France à travers le monde » comme le dirait Rama Yade, tellement Michèle Alliot-Marie accumule les bourdes les unes après les autres et que le Président ne fait guère mieux. Les deux plus hautes autorités de notre état, pour ce qui est de la représentation de la France dans le monde, sont affaiblies et totalement défaillantes. Cette conduite est totalement irresponsable !
La diplomatie, c’est la discrétion, c’est agir en secret entre les plus hautes autorités de 2 états et non pas faire des gesticulations en aboyant ! Je ne sais pas si Florence Cassez est innocente ou coupable et peu importe) mais regardez avec quel art la diplomatie Française, à l’époque du Rainbow Warrior, a réussi à sortir de prison les faux époux Turenge alors que leur culpabilité d’espionnage et de sabotage avait été établie et qu’ils avaient été jugés et condamnés lourdement. Mais tout cela avait été fait intelligemment et discrètement, ce qui semble manquer aujourd’hui à notre diplomatie.
Ce 23 février, après mon billet d'humeur du 17, force est de constater que je ne suis pas le seul dans mon constat. En effet, selon Reuters, des diplomates français rompent le silence et confirment dans une tribune publiée mardi par "Le Monde" un profond malaise de la diplomatie française, plus étendu encore que ce que le "printemps arabe" en a révélé.
Sous le pseudonyme collectif de "Marly", ces diplomates de diverses origines, générations et sensibilités politiques, en activité ou à la retraite, s'en prennent directement à la politique du président Nicolas Sarkozy.
Tout y passe : l'impuissance de la France face aux crises africaines et arabes ou à l'émergence de la Chine, l'échec de l'Union pour la Méditerranée, l'indifférence américaine malgré le retour dans le giron de l'Otan, les fiascos à répétition dans la vente des Rafale et de l'industrie nucléaire française à l'exportation, la faiblesse politique de l'Europe, etc.
"Il se passe avec les diplomates ce qui se passe avec d'autres grands corps de l'Etat, une exaspération croissante en raison de la façon dont le président traite ses serviteurs", a expliqué un de ces diplomates à Reuters.
"Ça grondait depuis quelque temps", au Quai d'Orsay, a-t-il souligné. Mais ce qui a conduit le groupe "Marly" à publier ce premier texte, c'est une "manipulation" à laquelle la présidence de la République s'est, selon lui, livrée sur la Tunisie.
Les membres du groupe accusent l'Elysée de n'avoir fait "fuiter" que la partie d'un télégramme dans laquelle l'ancien ambassadeur de France en Tunisie, Pierre Ménat, estimait que le président tunisien Zine ben Ali semblait avoir repris la main, quelques heures avant sa fuite le 14 janvier.
ALLIOT-MARIE ÉPARGNÉE
Ils estiment que l'Elysée, faute d'avoir vu venir la chute de Zine ben Ali, a ainsi cherché à se dédouaner.
Or le télégramme, tel qu'il a fuité, a été tronqué de sa dernière partie, dans laquelle Pierre Ménat présentait d'autres scénarios, dont celle d'une fuite précipitée du président tunisien, précise le membre du groupe interrogé par Reuters.
Pierre Ménat a été rappelé à Paris et remplacé par un ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, Boris Boillon, aussitôt contesté par les Tunisiens après une rencontre houleuse avec la presse locale où il a fustigé des questions "débiles".
Le groupe "Marly" épargne la ministre des Affaires étrangères Michèle Alliot-Marie, au coeur d'une polémique sur ses vacances tunisiennes deux semaines avant la chute de Zine ben Ali.
"La politique suivie à l'égard de la Tunisie ou de l'Egypte a été définie à la présidence de la République sans tenir compte des analyses de nos ambassades", peut-on lire dans sa tribune. "C'est elle (la présidence) qui a choisi MM. Ben Ali et Moubarak comme 'piliers sud' de la Méditerranée."
Mais le groupe "Marly", du nom du café du musée du Louvre où il s'est réuni la première fois, ne se limite pas à l'actualité arabe dans sa charge : "L'Europe est impuissante, l'Afrique nous échappe, la Méditerranée nous boude, la Chine nous a domptés et Washington nous ignore", résument ses membres.
AMATEURISME
"La voix de la France a disparu dans le monde. Notre suivisme à l'égard des Etats-Unis déroute beaucoup de nos partenaires", ajoutent-ils - une charge contre la politique atlantiste de Nicolas Sarkozy, qui a rompu avec la tradition gaulliste d'autonomie à l'égard des Etats-Unis.
Ils dénoncent des erreurs "imputables à l'amateurisme, à l'impulsivité et aux préoccupations médiatiques à court terme", comme le fait d'avoir confié au ministère de l'Ecologie la préparation de la conférence de Copenhague sur le climat, qui s'est soldé fin 2009 par un échec cuisant pour l'Europe.
"Notre politique étrangère est placée sous le signe de l'improvisation et d'impulsions successives qui s'expliquent souvent par des considérations de politique intérieure."
Ils imputent les tensions entre Paris et Mexico à la médiatisation du cas Florence Cassez, condamnée par la justice mexicaine à 60 ans de prison pour complicité d'enlèvement.
Ils estiment que la politique française au Moyen-Orient est devenue "illisible" et "s'enferre dans des impasses", et accusent le gouvernement et l'Elysée de négliger l'Afrique francophone.
Ils souhaitent que la diplomatie française s'appuie sur les valeurs de solidarité, de démocratie et de respect des cultures "souvent délaissées au profit d'un coup par coup sans vision".
Révolte inédite mais qui montre le malaise des corps d'état vis à vis de leur propre gouvernement !

