La réalité de la Franc-Maçonnerie, c’est ce qu’elle est dans ses loges et dans ses structures aujourd’hui, en France. Vous venez d’entendre ce que nous a dit notre président ou Vénérable-Maître : « Nous cherchons la Vérité. À l’écart de tout dogme, nous échangeons des idées pour que chacun puisse former par lui-même son propre jugement », voilà la réalité de ce qu’est notre travail en loge, que vous allez partager avec nous ce soir.
Si je tiens à vous présenter cette conférence ce soir, c’est que depuis 15 ans que j’ai été initié à Grand-Val, je me sens le devoir de vous transmettre ce que nous sommes et ce que nous faisons dans nos Loges. De manière anecdotique, je vais déjà vous faire part de mon expérience personnelle. Un jour, j’ai entendu à la radio la chanson de JJ Goldman
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et j’ai prêté attention à ce texte. Et si après m’être dit, oui, moi j’aurais résisté ! Je me suis posé la question plus honnêtement face à mon miroir. J’en ai parlé à un Franc-Maçon, qui se découvrit à moi et me trouva quelques qualités pour devenir maçon. Il m’a alors renseigné par des conversations et des conseils de lecture. Après 2 ans de recherches, je lui ai fait part de ma volonté de postuler à la Grande-Loge-de-France et il me proposa d’être mon parrain maçonnique. Je pensais pouvoir trouver ma réponse à cette question posée par JJ Goldman « aurais-je été pire ou meilleur que ces allemands qui suivirent l’Hitlérisme » ? Mais aussi parce que j’étais, depuis mon adolescence, en quête d’humanisme. J’avais cru le trouver dans une religion puis dans un mouvement politique. En tout état de cause, c’est ici, à Grand-Val, dans la loge qui m’a initié, que j’ai trouvé l’humanisme auquel j’aspirais et une partie de la réponse à la question de Goldman. Car aujourd’hui, grâce à l’apprentissage de la méthode maçonnique, je pense pouvoir toujours garder mon esprit critique pour ne pas me laisser entraîner sur des chemins tortueux. Malheureusement, je ne sais pas encore répondre au « comment » j’aurais résisté.
L’apprenti que je fus a appris à écouter les autres, à respecter leurs opinions. Je me suis cherché sans faux-semblants avec l’aide des travaux que j’ai partagés avec mes Frères. Mais cela implique de se corriger petit à petit par un travail sur soi quasi perpétuel et pour toujours inachevé.
Lorsque je devins compagnon, j’ai appris à reprendre la parole uniquement pour apporter quelque chose de plus, de différent de mes Frères, dans le but de construire notre édifice commun. J’ai appris ensuite à faire ressortir les oppositions et les contradictions dans toutes les situations de la vie, de les intégrer, puis d’en faire une synthèse.
Depuis l’obtention du grade de maître, j’essaye, autant que faire se peut, de faire dominer la raison sur la passion, je cherche alors ce que j’estime être juste après avoir analysé la plupart des situations auxquelles je peux être confronté. Enfin, je prends une décision en accord avec ma conscience.
Je me suis souvent senti soutenu par mes frères et particulièrement ceux de ma loge. La Franc-Maçonnerie m’a fait aimer les autres à travers moi.
Mais la Franc-Maçonnerie c’est avant tout les individus que j’y ai rencontrés. C’est vous, que je n’aurais sans doute pas connu si je n’avais pas été maçon. Ce sont les débats qui m’enrichissent à chaque travail que je présente et qui me rendent plus humble. C’est aussi chaque planche présentée par mes Frères et l’enrichissement apporté par la Loge. Mais en même temps, plus j’apprends, et plus j’ai l’impression qu’il me reste à apprendre. En revanche, si je sais que je combattrai toujours le mal et l’injustice, je ne sais pas encore toujours très bien comment. Le chemin à parcourir reste encore long et difficile.
Lors de cet exposé, dans un premier temps, j’aborderai les représentations et les clichés que le public peut avoir au sujet de la Franc-Maçonnerie.
Dans un second temps, je vous présenterai les mythes fondateurs de la Franc-Maçonnerie sur lesquels s’élabore le travail maçonnique.
Enfin, je vous exposerai certains aspects de la réalité de ce qui se passe dans nos loges.
1) Quels sont les fantasmes véhiculés par les média sur la Franc-Maçonnerie ?
Les fantasmes qui ont couru sur la maçonnerie l’ont banalisée en en faisant un produit de consommation. On le voit dans les loges où nous recevons parfois des demandes plutôt baroques.
Je crois que le fantasme est essentiellement généré par la notion de « secret » à laquelle elle est souvent associée. Les media et certains livres à succès accusent ici ou là la Franc-Maçonnerie d’être une société secrète, voire occulte.
De plus il y aurait un système de « renvoi d'ascenseur », un piston entre les maçons. Les Frères se tiendraient « par la patte ». Si cela était le cas, il n’y aurait pas de Frères au chômage ou en situation difficile. La seule solidarité maçonnique qui existe est identique à toute minorité dans n’importe quelle société (je suis auvergnat, protestant, maçon : si je rencontrais quelqu’un appartenant à l’une de ces minorités, à compétences égales, j’aurais peut-être la préférence pour celui–ci).
Pourquoi cette réalité maçonnique d’aujourd’hui crée-t-elle ce type de fantasmes ?
On a monté en épingle quelques affaires qui sont vraies, mais qui ont éclaboussé toute la Franc-Maçonnerie. Ces affaires ont existé, d’une manière très minoritaire, La Grande-Loge-de-France y a mis bon ordre, peut être pas toujours à temps.
Il y a 50 ans, on attribuait tous les progrès à la Franc-Maçonnerie. Aujourd’hui, c’est de toutes les turpitudes dont on l’accuse. Dans le premier cas c’était très excessif, dans le second, c’est encore bien plus excessif !
La maçonnerie brasserait beaucoup d’argent, les cotisations coûteraient très cher, ce qui sélectionnerait les adhésions. En fait, ces cotisations coûtent moins de 25 € par mois et par personne. Même si cela demande un engagement financier, pouvons-nous dire pour autant que c’est cher ? J’ai rencontré en loge tous les corps de métiers dont des cantonniers. Il n’y a pas de sélection par l’argent pour entrer en maçonnerie. En revanche une sélection existe, basée sur des considérations d’ordre éthiques et morales.
Chaque loge et chaque obédience est une association de loi 1901 : les comptes sont donc publiques et accessibles à tous. Il n’y a pas d’argent caché, vous pouvez le vérifier.
Par ailleurs, la maçonnerie serait une secte avec des signes occultes. Beaucoup de maçons vous répondront qu’il est facile d’entrer dans une secte et très difficile d’en sortir, alors que c’est l’inverse en maçonnerie. Fions-nous plutôt à l’examen de la commission anti-secte de l’Assemblée Nationale qui n’a déclaré aucune des obédiences maçonniques comme étant des sectes. De plus les Grands-Maîtres des principales obédiences ont été reçus officiellement pendant longtemps, tous les ans, par le Président de la République, pour donner leur avis sur les réflexions que nous menons en loge.
Les fameux signes, symboles, nos rituels du 1er au 33ème degré … ont été présentés dans des livres, par conséquent, tout le monde peut les connaître. La connaissance des symboles et rituels ne garantit pas l’appropriation du sens que les maçons leur confèrent. Un homme qui utilise 3 points autour d’une signature et un vocabulaire abscons vous prouvera qu’il s’agit un maçon de pacotille. Ces secrets sont des secrets de polichinelle.
Nous ne sommes pas non plus une puissance spirituelle. Dans les heures sombres, le siège de la Grande-Loge-de-France a été le premier établissement à être occupé par les Allemands, qui en ont fait leur siège de lutte contre la maçonnerie. Les décrets antimaçonniques ont précédé de quelques semaines les décrets antijuifs. Les nazis voyaient d’un très mauvais œil des structures qui se sont toujours élevées contre l’obscurantisme. Ils avaient lu aussi des mauvais livres d’occultisme et croyaient que les maçons détenaient le secret des templiers. Certains le cherchent encore mais personne ne l’a encore trouvé. Néanmoins, j’encourage vivement notre trésorier à poursuivre ces recherches, au cas où ce trésor existerait quand même (lol)... Ces fantasmes ont d’ailleurs eu la vie dure, puisqu’il a fallu à la Franc-Maçonnerie Française, près de 60 ans pour retrouver ses effectifs d’avant-guerre. On ne peut pas laisser croire que nous détenons de faux secrets. Nos travaux se bâtissent à partir de notre singularité pour appréhender ce qui est de l’ordre de l’humanisme.
Nous sommes discrets. C’est à dire que nous pensons que nos rituels ne sont pas à exhiber sur la place publique.
Une fois de plus, dirais-je, nous avons entendu des propositions venues d’Angleterre pour établir une liste publique de fonctionnaires maçons en France. Cela serait antirépublicain car l’intimité des opinions philosophiques et religieuses est garantie par notre constitution et fait partie d’une des libertés fondamentales. Alors pourquoi les Francs-Maçons seraient-ils les seuls à échapper cette garantie ?
J’ai entendu dire que l’opacité des rituels des obédiences maçonniques dissimulerait des mains mises dans les domaines socio-économiques et politiques.
La Franc-Maçonnerie deviendrait aujourd’hui l’ennemie de la démocratie alors qu’elle l’a largement portée.
Il y aurait des Francs-Maçons puissants dans les hauts grades qui noyauteraient, tireraient les ficelles de certains pouvoirs. En fait, les dirigeants de chaque obédience détiennent la véritable autorité sur leur obédience et ils ne connaissent au-dessus d’eux, dans leur souveraineté, que le chef de l’Etat et le Grand Architecte de l’Univers qui est une idée et non un symbole. Chaque obédience est pleinement souveraine, elle n’est manipulée et ne manipule personne. Il n’y a pas de Frères invisibles.
Qui a le pouvoir dans une société qui se dit elle-même capitaliste ? Les gens qui détiennent ce capital. Les Francs-Maçons n’ont pas de démarche occulte qui pourrait manipuler ce pouvoir. Alors arrêtons ce type de fantasmes, s’il vous plaît !
2) Quels sont les mythes fondateurs de la Franc-Maçonnerie ?
La Grande-Loge-de-France est un ordre traditionnel, symbolique et initiatique qui est fondé sur la fraternité, la liberté et l’égalité.
La fraternité que nous vivons dans nos loges n’est pas de l’ordre de la fratrie de sang, ni de la confrérie de métiers, qui était celle des bâtisseurs des cathédrales.
Nous ne sommes que les héritiers indirects de ces bâtisseurs car la Franc-Maçonnerie contemporaine a vu le jour à la fin du XVIIème siècle et au début du XVIIIème autour de la Royal Society Anglaise, dans un pays qui sortait de guerres de religions terribles entre catholiques et anglicans, qui venait de vivre la dictature épouvantable de Cromwell. La Franc-Maçonnerie fut créée par un certain nombre d’hommes de sciences autour d’un Newton qui était à la fois un savant génial et un alchimiste fou.
Nous ne sommes donc pas les héritiers directs des bâtisseurs des cathédrales. Cependant nous nous inspirons à partir de cette époque de leurs rituels et de leurs symbolismes. Voilà le premier mythe fondamental de la Franc-Maçonnerie spéculative moderne : c’est celui des constructeurs. Historiquement, la Maçonnerie est l’importation d’un mythe à partir d’hommes de sciences qui ne veulent pas renoncer à leurs aspirations spirituelles.
Pour ce faire, ils vont aller puiser leur mythe fondateur dans 2 sources :
1. L’Ancien Testament : chez les constructeurs du Temple de Salomon construit par le Maître Hiram.
2. Les Références mathématiques de constructeurs dans les traditions qui sont celles de Thales mais surtout de Pythagore.
Deux cultures principales se rencontrent dans l’inspiration maçonnique : une qui vient de Jérusalem avec des symboles, dès le grade d’apprenti, issus des constructeurs et des bâtisseurs tels que l’équerre, le compas, le maillet, le ciseau… et l’autre d’Athènes avec toute la symbolique, particulièrement au grade de compagnon, liée aux nombres et à la géométrie. Notre conception gnostique du Grand Architecte de L’Univers (c'est-à-dire individuelle, la plus large possible, sans forme préétablie) vient aussi de celle du Theos grec. Quant au symbolisme lié à la légende d’Hiram, il n’entre en application qu’au grade de maître. Pour les autres cultures, n’oublions pas aussi l’ensemble du bassin méditerranéen comme l’héritage Egyptien et celui des Templiers. Grâce à tous ces symboles mis à notre disposition au Rite Ecossais Ancien et Accepté, nous travaillons sur notre propre pierre, c’est à dire que nous devons travailler sur nous-mêmes par une introspection quasi-permanente et ce, quelque soit le grade auquel on appartient.
Autour de cette Royal Society, deux pasteurs, l’un Anglican (Anderson) et l’autre Français Réformé (Désaguliers) théorisent celle que nous nommons aujourd’hui Franc-Maçonnerie spéculative et qui devient une Lumière de l’autre côté de la Manche.
Dans les Constitutions d’Anderson, le préambule est sans doute le plus intéressant : le cœur du mythe des Francs-Maçons est l’architecte du Temple de Salomon, Hiram, qui va rencontrer l’obscurantisme et la mort. Son meurtre est symboliquement perpétré par 3 mauvais compagnons représentant l’ignorance, le fanatisme et l’ambition déréglée qui veulent obtenir le grade de Maître sans en avoir acquis toutes les qualités, ni avoir eu la connaissance nécessaire pour acquérir cette maîtrise. Mais notre Maître Hiram préfère succomber plutôt que d’exalter à la maîtrise 3 mauvais compagnons indignes.
Dans le mythe d’Hiram, il y a l’idée de progrès et de devoir de transmission. Ce mythe fondateur est novateur car toutes les autres religions ou philosophies proposent un mythe, une vérité dans un passé qui représente une sorte d’âge d’or, de paradis perdu. Le mythe maçonnique, lui est devant. C’est l’humanisme, l’ordre de l’esprit et de la connaissance.
Par rapport aux religions et surtout au christianisme largement majoritaire à l’époque, cette conception est révolutionnaire. L’homme n’a pas été créé une fois pour toute pour telle ou telle fonction mais l’homme évolue et il est perfectible. Dans toute religion, l’homme s’en remet à Dieu pour son destin, regrettant le paradis perdu. En Franc-Maçonnerie, nous recherchons chacun notre vérité en essayant toujours de nous améliorer.
C’est dans la tradition de ces mythes que nous travaillons en Loge et que nous tentons individuellement de faire rayonner le fruit de nos réflexions dans la cité. C’est cette croyance, cette foi d’un progrès pour l’homme, d’une espérance qui nous motive. Le mythe maçonnique est porteur d’avenir car nous bâtissons celui-ci sur ce qu’ont bâti nos ancêtres et, par notre devoir de transmission, nos enfants bâtiront sur ce que nous sommes en train de bâtir.
Se pose aussi la question du Grand-Architecte-De-L’Univers qui est une idée, et non un symbole. Son symbole, c’est le triangle au-dessus de notre Vénérable-Maître. Il est Principe de raison pour les uns, les non-croyants et entendement Divin pour les croyants.
3) Quelle est la réalité de la Franc-Maçonnerie aujourd’hui ?
Rappelons que dans notre déclaration de principes de 1953, il est dit : que « les Frères de la Grande-Loge-de-France ne s’astreignent à aucune limite dans la recherche de la Vérité » mais que néanmoins, « A La Grande Loge de France (...) les débats sur les questions politiques ou confessionnelles sont autorisés mais ne doivent jamais donner lieu à un vote, ni à l’adoption de résolutions, lesquels seraient susceptibles de contraindre les opinions ou les sentiments de certains Frères. »
Cette vérité vers laquelle tendent les maçons depuis toujours est unique mais à la fois plurielle car personnelle à chaque maçon. La vérité de l’idée maçonnique est l’idée de penser sa vérité à partir des mythes et des outils qui sont à notre disposition. La Franc-maçonnerie n’est pas une école de pensée mais une école à penser. Chaque maçon y apprend à construire sa propre pensée dans la tolérance maçonnique vis à vis de tout mode de pensée en passant de l’avoir à l’être dans le sens appropriation d’une démarche philosophique. Néanmoins, il y a une limite à cette tolérance : sont proscrits les modes de pensée en rapport avec les idéologies raciste, fasciste,... Ensuite, charge à chaque frère de faire rayonner individuellement à l’extérieur du Temple ce qu’il y apprend au-dedans.
S’il y a une chose qui reste secrète, c’est l’aspect spirituel que nous vivons dans nos loges au travers de nos rituels qui procèdent d’une longue initiation.
Il y a aussi la confidentialité de l’appartenance maçonnique. Je suis intimement convaincu que, dans notre démocratie aujourd’hui, nous ne devons plus cacher notre identité de Franc-Maçon comme toute autre appartenance à une quelconque autre association. En revanche, nous devons préserver l’anonymat de nos Frères et Sœurs. Il n’y a ni gloire ni honte à être maçon.
Pourquoi nous réunir dans des temples maçonniques ? Pourquoi utiliser des rituels ?
Ces temples et ces rituels représentent pour nous le ciment qui sert à joindre des pierres différentes pour bâtir un édifice. C’est notre ciment, ce qui nous lie, c’est l’œuvre que nous bâtissons où nous sommes chacun une pierre.
Ici, vous n’êtes pas dans un temple maçonnique. Vous êtes dans un lieu appartenant à la Grande-Loge-De-France où nous travaillons. Le temple maçonnique n’existe qu’une fois les travaux ouverts après nos rituels. C’est peut-être là une part du secret maçonnique, que nous défendrons car il est la garantie de notre liberté et nous permet d’œuvrer pour un monde meilleur toujours en progrès.
Comment comprendre la philosophie du secret maçonnique qui repose sur l’utilisation de symboles ?
Prenons un exemple : le symbole « laisser nos métaux à la porte du temple ».
Bien sûr, cela veut dire que le temple n’est pas le lieu pour accueillir des marchands du temple et qu’il n’est pas celui des affaires. Cela veut dire que nous sommes tous égaux aussi dans le temple.
Quels sont ces métaux ? Nous sommes les héritiers de Caïn et non pas d’Abel. C’est à dire que nous sommes les forgerons, nous travaillons les métaux.
Ces métaux, nous nous en dépouillons, puis nous les transformons. Symboliquement, ces métaux représentent les appartenances communautaires, toutes légitimes, religieuses, politiques, professionnelles, nationales, ethniques. C’est en se défaisant de ces appartenances communautaires que nous pouvons atteindre l’universel. C’est l’idée d’universalité qui est en cause à partir de la singularité et du JE. L’ascèse maçonnique consiste à se dépouiller de ses appartenances communautaires pour savoir ce que nous sommes singulièrement. Une fois cela fait, ou que nous nous en sommes approchés, nous devons alors être porteurs d’universalité et nous nous apercevons que tout homme et toute femme est porteur, dans sa singularité, d’universalité.
Voilà pourquoi la Franc-Maçonnerie est aux prises avec certains travers de notre société contemporaine car celle-ci est entrée dans l’ère des communautarismes. Si un jour il y avait une communauté maçonnique, ce serait par un effet pervers. Nous avons des loges, des obédiences, bref des structures, mais nous n’avons pas d’intérêt communautaire à défendre. Il y aurait perversion si on oubliait notre idéal de fraternité et que celle-ci devenait ordinaire, communautaire.
Les structures maçonniques se définissent par :
1. Des hommes qui consentent librement à appartenir à une loge (à Grand-Val, nous sommes une petite trentaine de Frères).
2. Une loge qui librement décide de faire partie de telle ou telle obédience (la Grande-Loge-de France représentent 700 Loges regroupant 28 000 Frères).
3. Des obédiences, souveraines qui tentent par leur singularité de faire rayonner leur idéal d’universalité.
Ainsi, vous pouvez constater que l’organisation matérielle de la Franc-Maçonnerie correspond à son ascèse spirituelle en allant du singulier à l’universel.
Il n’y a pas de loge hors du monde mais au contraire, les maçons doivent avoir la force de traduire en termes sociaux et politiques (au sens de polis la ville, qui s’occupe des affaires de la cité) le travail qu’ils font dans leurs temples. Chaque maçon doit essayer d’éclairer le monde. Que penserions-nous d’une institution qui parle de fraternité et d’universalité et qui arrêterait celles-ci aux frontières de ses loges, qui se désintéresserait de ce qui se passe dans le monde ?
Les Francs-Maçons s’éclairant dans nos Temples Maçonniques ont une démarche dans la cité, basée sur une écoute fraternelle, des valeurs morales et d’ouverture d’esprit qui doit leur permettre de contribuer à éclairer le monde. Nous ne pouvons pas séparer l’homme du Franc-Maçon. Citons quelques Francs-Maçons célèbres agissant dans des domaines divers tels que : Allende, Arago, Joséphine Baker, Bolivar, Cambacérès, Churchill, Condorcet, Pierre Dac, Duke Ellington, Henri Dunant, Jules Ferry, Gambetta, Goethe, Kipling, Lavoisier, Littré, Antoine Lumière, Mendès-France, Louise Michel, Montesquieu, Mozart, Monge, Roosevelt, Saint-Simon, Zavatta et bien d’autres…
Avant de conclure, je dirai que les Francs-Maçons sont cosmopolites, c’est à dire citoyens du monde, qu’ils appartiennent au cosmos au-delà des communautarismes. Enfin, nous sommes cosmopolites parce que je crois aussi que tout homme et toute femme fait partie de l’esprit du monde, du cosmos. Etre cosmopolite au delà des communautarismes, n’est-ce pas ce qu’on attend dans la revendication actuelle de la laïcité ?
Mon chemin initiatique va se poursuivre dans la réalité maçonnique que je viens de vous décrire. Cette réalité maçonnique qui contribue à faire de moi, comme le dises nos constitutions, « un homme libre et de bonnes mœurs », dans une loge libre de la Grande-Loge-de-France qui lutte contre ce qu’il a de mauvais pour
- Que la Paix règne sur la Terre
- Que l’Amour règne parmi les Hommes
- Que la Joie soit dans les Cœurs
Mes Sœurs et mes Frères, je vous remercie de votre attention.
Source : Conférence publique donnée par Michel Barat, à l'époque Grand-Maître de la Grande-Loge-de-France

