Je vous présenterai cette planche en 2 parties :
• La première sera “la place des femmes dans la France moderne”.
• L’autre sera sur “la place des femmes en Franc-Maçonnerie”.
1- La place des femmes dans la France moderne :
Notre société judéo-chrétienne française n’a jamais donné aux femmes la place qui leur est due : l’égale de celle des hommes, tout en étant différente et complémentaire dans cet ensemble qu’est l’humanité. C’est à partir de l’époque féodale que l’homme est exalté en fonction de sa vertu guerrière. Ce n’est que vers la fin de l’an mille qu’un concile accorde une âme aux femmes, sous l’influence des “Parfaits”.
Avant la Révolution, la femme vivait dans une quasi-non-existence de droits. Pas de droit d’héritage, ni celui du pouvoir, ni celui aux plaisirs, ni celui à l’instruction. Seulement des devoirs tel que celui de faire et d’élever ses enfants, de se soumettre à son père, à son frère puis à son mari... Elle n’était que la propriété de son époux et était, de la sorte, proche de l’esclavage. Malgré tout, en 1622, Marie de Gournay pose le principe de “l’égalité des hommes et des femmes face à l’instruction”. Certaines femmes ont exercé un réel pouvoir indirect sur leurs époux ou amants royaux (Mmes de Sévigné, de Pompadour, ...) et cela perdurera sous d’autres gouvernements après la Révolution (Marie-Antoinette, les impératrices Joséphine et Eugènie,... pour les plus connues).
La Révolution eu son apport de conquêtes féminines avant ses revers : Olympe de Gouges et Julie Daubié font naître le féminisme et écrivent les “Droits de la Femme” en 1792 en réaction à la déclaration des Droits de l’Homme dont elles étaient exclues. Et c’est une succession de conquêtes :
• Droits à la succession en avril 1791.
• Droits aux biens communaux en juin 1793.
• Loi sur le divorce le 20 septembre 1792.
Néanmoins, le suffrage universel reste réservé aux hommes (24 juin 1793). De plus, la promulgation du code civil par Bonaparte le 21 mars 1804 (en pleine période de négociation pour l’obtention du Concordat, afin que le sacre de l’Empereur ait lieu à Paris par le Pape), consacre le pouvoir marital, fonde en droit l’infériorité des femmes pour longtemps (comme naguère l’église Catholique le fit par ses références à Paul).
En 1810 la femme adultère est passible de prison alors que l’homme d’une simple amende. Il n’y a pas de viol entre époux. Il fallut attendre 1830 (et la reconnaissance du viol comme crime), 1848 puis 1871 pour voir éclore un vrai mouvement féministe dont Maria Deraisme et Louise Michel furent d’ardentes représentantes. C’est à ce moment qu’il se structure autour de revendications, d’associations et de diverses publications dans le monde entier (USA, Angleterre, Allemagne, France).
En 1892, il y a l’instauration de mesures protectrices concernant le travail des femmes (tel le le travail de nuit). En 1897, les femmes peuvent témoigner dans les actes d’état civil. En 1907, les femmes mariées peuvent enfin disposer de leur salaire et en 1920, elles pourront adhérer à un syndicat sans autorisation maritale. La recherche de paternité est autorisée en 1912.
Au niveau de l’enseignement, Jules Ferry n’a pas fait de lois discriminatoires mais les femmes doivent attendre 1880 pour avoir accès à l’enseignement secondaire et 1924 pour celui à un baccalauréat égal... Pour l’instruction des femmes, le grand siècle, c’est le XXème. En 1900, seulement 624 étudiantes en France, alors qu’il y en avait 520 000 en 1990. La même année, le nombre d’étudiantes dépasse de 70 000 celui de leurs confrères masculins. Elles sont 42% à passer le baccalauréat avec succès contre 32% pour les garçons.
Nombre de métiers furent ouverts pour la première fois aux femmes durant ce XXèmesiècle. C’est pendant la 1ère guerre mondiale, qu’un nombre croissant de femmes comblent les absences des hommes partis aux combats dans les différentes industries. Le phénomène se répétera pendant la 2nde, mais les femmes sauront lui donner un prolongement au sortir de la guerre par de grandes conquêtes. En effet, on peut penser que c’est à partir de ce moment qu’elles veulent vraiment conquérir le pouvoir qui leur est dû.
Ce n’est qu’en 1946 que notre Constitution pose, dans son préambule, le principe de l’égalité des droits entre hommes et femmes suite à l’obtention pour les femmes du droit de vote. Et pourtant, au sortir de la 2ème guerre mondiale, nous avons vu combien de femmes humiliées, rasées publiquement sous prétexte qu’elles avaient eu des relations sexuelles avec l’occupant. Avons-nous vu la même chose pour les hommes qui avaient collaborés ? Pour ceux qui sont revenus d’Allemagne après avoir, eux aussi, fricotés avec des Allemandes... D’ailleurs dans certains pays Musulmans, la femme peut être répudiée sans autre forme de procès. De plus, si elle est adultère, elle risque la mort par lapidation alors que l’homme n’est pas inquiété, incarnant l’autorité....
C’est en 1966 que la femme peut travailler sans l’autorisation de son mari et en 1967 que la loi Neuwirth autorise la contraception. Dans les années 70, elles acquirent une réelle liberté sexuelle car il se développe à nouveau des mouvements féministes. Leurs actions aboutissent à une réelle passion qui fait promulguer par le législateur les lois en 1970 du remplacement de l’autorité paternelle par l’autorité parentale, en 1972 sur les discriminations sexuelles, l’égalité des salaires, la réforme de la procédure de divorce, le planning familial, l’Interruption Volontaire de Grossesse en 1975, contre le viol en 1978 et par la création d’un secrétariat à la Condition Féminine en 1974. Ce n’est qu’en 1983 qu’est supprimée la notion de “chef de famille” au niveau fiscal. Les droits des femmes n’ont cessé de s’accroître. Néanmoins, nous ne pouvons que constater qu’elles ne les ont pas encore tous acquis dans la pratique (égalité des salaires, discrimination sexuelle, représentation nationale,...).
L’héritage de 20 siècles d’asservissement de la femme demeure. Malgré tout, l’homme dominant continue à se perpétuer, avec la complicité inconsciente d’encore trop de femmes d’ailleurs.
Aujourd’hui, on pense résoudre le problème de représentativité en politique par la loi sur la parité homme-femme. Le fait même de l’envisager n’exprime-t-il pas déjà l’échec de notre société à se transformer et de l’incapacité des hommes dirigeants à promouvoir des femmes. L’homme ne se croit-il pas encore, en son inconscient ancestral et collectif, comme étant l’intelligence et le dominateur ?
Qu’est-ce que c’est que cette loi qui instaure des quotas ?
Les femmes représentent 5,5% de la représentation nationale. La parité va nous imposer une démocratie communautaire importée des USA. Comme les femmes représentent la moitié du corps électoral, il faudrait qu’il y ait la moitié d’élues féminines. Pour cela, il faudrait changer la Constitution qui “interdit toute politique de discrimination”, fut-elle positive. N’est-ce pas la mort de notre République laïque et universaliste ? Qu’en sera-t-il d’autres communautés raciales, religieuses, culturelles et sexuelles quand elles revendiqueront leur droit “quantitatif” à la représentativité? Alors que 1789 abolit les castes et les ordres, on va réintroduire aujourd’hui un clivage sexuel ! Toute discrimination est contraire à l’intégration républicaine.
Votons-nous pour un homme ou pour une femme ? Pour un noir ou pour un blanc ? Ou plutôt ne devons-nous pas privilégier une personne qui défend nos convictions avec compétences ? Le vote est-il un choix idéologique ou sexuel ?
Je crois qu’on risque de dévaloriser encore plus les femmes ainsi. Les mauvaises langues, (les hommes qui ne veulent pas laisser leur place aux femmes) diront d’une femme qu’elle a été élu pour respecter ces quotas au lieu de mettre en avant ses qualités. Combien d’hommes politiques, d’élus (car il faudra bien les trouver) sont-ils prêts à céder leur place à une femme ? On a déjà vu des listes paritaires pour les élections européennes ne pas remporter plus de succès... N’est-ce pas aux partis politiques, et non au législateur, de promouvoir l’accès des femmes en politique ?
Il y a des chemins à explorer hors de la parité imposée où les femmes seraient investies par les instances dirigeantes (masculines) des partis dans les circonscriptions perdues d’avance : si l’on rend effectif le droit d’investiture des candidats aux hommes et aux femmes de la base en instaurant une véritable primaire homme/femme.
Nous venons de le voir, malgré de grandes avancées, le chemin à parcourir pour que la femme acquiert tous les droits qui lui sont dus est encore long. Elles exercent souvent des tâches sociales indispensables, ingrates et difficiles dans notre société alors qu’elles sont rares à être dirigeantes d’entreprises, à la tête des grandes fortunes, grands mandarins de la médecine,...
2- La place des femmes en Franc-Maçonnerie :
La Franc-Maçonnerie opérative, de part la dureté physique des travaux, était réservée aux hommes. Pourtant, la Mère dans les Cayennes des Compagnons était omniprésente en assurant la permanence et le lien entre les Compagnons et entre eux et leurs employeurs. La Mère faisait partie intégrante des Compagnons lors de leur tour de France. Dès le XIIIème siècle, certaines femmes reçurent des initiations compagnoniques dans les métiers mixtes ou féminins. Mais le passage à la Franc-Maçonnerie spéculative va changer les choses : les nobles, les bourgeois, les métiers hors du bâtiment accéderont à la Lumière maçonnique.
La place des femmes en Franc-Maçonnerie, leur statut, ont évolué en fonction du monde dit profane, et non l’inverse.
La première femme initiée fut Melle de Saint-Léger en 1711 à Cork, en Irlande. Après qu’elle fut surprise entrain d’épier le déroulement d’une cérémonie rituelle de la loge de son père, il s’ensuivit une violente discussion où l’on songea un moment à l’éliminer physiquement. En fait, elle fut initiée sur-le-champ. Poursuivant son chemin initiatique, elle devint plus tard Vénérable Maître de sa Loge.
Les femmes constituent des loges dès 1763. En 1774, c’est le Grand-Orient qui contrôle la Franc-Maçonnerie d’adoption qu’il reconnaît officiellement en 1860. Des Frères de la Grande-Loge-Symbolique-Écossaise, ancêtre de la Grande-Loge-de-France, initient illégalement la 1ère femme en France au Rite Écossais Ancien Et Accepté en 1875 : Maria Deraisme. C’est alors que se créa la 1ère loge mixte des “Libres penseurs du Pecq”. N’étant pas reconnue par la direction de l’obédience, elle devient cofondatrice d’une obédience mixte travaillant au Rite Écossais Ancien Et Accepté : le Droit-Humain. Dès lors, la brèche de la mixité dans notre rite était ouverte et progressa. Il fallut, à la Grande-Loge-De-France, attendre 1945 pour reconnaître les femmes comme soeurs à part entière. Ainsi, en 1958, la Grande-Loge-Féminine-De-France fut reconnue officiellement par la Grande-Loge-De-France et le Grand-Orient-de-France. elle reçue la patente des Hauts Grades Écossais en 1972, et ceux du rite français en 1974.
Mais si les frères peuvent tous visiter les soeurs dans leurs travaux symboliques, nous leur refusons toujours ce droit, à la Grande-Loge-De-France, sous motif de non mixité. Doit-on alors qualifier la Grande-Loge-Féminine-De-France d’obédience mixte ? Non bien sûr! Ce qui est très choquant, c’est que malgré nos discours et nos belles déclarations de principe, nous ne considérons pas la femme comme notre égale dans les faits. Nous créons une sorte d’apartheid comme par le passé l’application en loge de la règle des 3 B (ni Borgne, ni Bègue, ni Boiteux) complément discriminatoire. La mixité en loge est-elle pernicieuse à ce point ?
Alors nous pouvons constater que si les frères ont aidé les femmes dans leurs luttes profanes pour leur liberté et leur égalité, nous devons nous poser la question de leur propre exemple en Franc-Maçonnerie. Certaines loges du Grand-Orient acceptent les soeurs en visite. Pas à la Grande-Loge-De-France. Pourquoi ? De quel droit pouvons-nous leur refuser l’accès de nos temples alors qu’on l’accorde aux frères d’obédiences très discutables, tel la Grande-Loge-Nationale-Française ?
Nos dirigeants se retranchent derrière les toujours très actuelles “Anciennes Obligations... du 25 mars 1722” qui excluent les femmes d’une Loge. Comme chacun le sait, le société n’a que très peu évolué depuis 1722 : nous ne sommes passés que d’une monarchie absolue à une démocratie républicaine, c’est tout ! Nous avons traversé très peu de luttes et de conquêtes féministes... alors où trouver les vraies raisons de cette discrimination envers les femmes ?
• Gardons-nous encore et toujours dans notre inconscient collectif, l’aspect corrupteur et impur de la femme judéo-chrétienne ?
• Avons-nous peur de nos pulsions sexuelles face à elles (alors où est notre raison légendaire qui domine nos passions) ?
• Le fait que l’écrasante majorité des frères de la Grande-Loge-De-France n’aie connu la mixité qu’à l’université ou dans le monde du travail est-il une explication sociologique suffisante (les frères du Droit-Humain et du Grand-Orient ne sont-ils pas dans le même cas) ?
• Nous ne pourrions pas partager une réelle intimité fraternelle avec des femmes alors que c’est ce que nous faisons tous les jours dans le monde profane ?
Je ne vois pas ce qui, tout en gardant notre identité d’obédience masculine au Rite Écossais Ancien et Accepté, pourrait objectivement justifier que l’on ferme notre porte aux soeurs visiteuses. Reconnaissons-leur l’égalité de visite par notre fraternel accueil.
Je sais que certains Frères sont partisans d’une autre égalité : nous fermer le droit à visiter les Loges féminines et mixtes. Mais ainsi, ne nous couperions-nous pas de la moitié de l’humanité, nous qui prônons l’universalisme et ne nous exclurions nous pas encore plus de nombreuses obédiences que nous reconnaissons encore aujourd’hui ?
En nous arc-boutant sur une Franc-Maçonnerie masculo-masculine et dirigiste, ne cherchons-nous pas à donner des gages à certaines loges anglo-saxonnes (et encore plus si nous nous coupions des obédiences féminines et mixtes) ? Ne sommes-nous pas entrain d’y perdre notre âme d’obédience souveraine, humaniste et symbolique, ouverte sur le monde actuel ? La Grande-Loge-De-France n’a pas besoin de reconnaissance pour exister. La Femme sera-t-elle à nouveau le prétexte de discorde entre les hommes ?
Soyons vigilants et clairvoyants si nous voulons toujours être représentatifs d’un courant initiatique oeuvrant pour le bien de l’humanité toute entière, femmes comprises... Le pavé mosaïque, l’équerre et le compas doivent nous aider à apprécier judicieusement où se trouve la vérité. Il me semble, qu’aujourd’hui, nous soyons au beau milieu d’un carré noir, le compas fermé.
Retrouvons le chemin le plus difficile, celui qui se trouve sur le fil du rasoir entre chaque carré du pavé mosaïque. Ouvrons le compas pour apprécier la justesse de nos propos. Retrouvons la voie initiatique qui est la notre. Élevons-nous en abandonnant les apparences du chiffre 2 pour accéder à la puissance du symbolisme du 3. Oeuvrons pour le bien-être et pour l’amélioration de l’humanité afin “Que l’Amour règne parmi les Hommes” et les femmes...

