Le Travail en Loge s’opère dans notre Temple entre l’ouverture et la fermeture des travaux, symboliquement entre midi et minuit, ce qui correspond à l’espace-temps, selon le Rite Écossais ancien et accepté, que nous devons consacrer à notre Travail en Loge. Néanmoins, le symbole représenté par la Règle à 24 divisions nous rappelle que notre travail de Franc-Maçon ne s'arrête pas aux 12 heures consacrées au Travail en Loge, mais bien aux 24 heures de chaque journée.
La Franc-Maçonnerie, particulièrement au Rite Écossais Ancien et Accepté, nous impose une méthode initiatique de Travail en Loge, mais avant tout, elle nous assigne un but : celui d‘extérioriser hors du Temple ce que l’on y apprend au-dedans. Cela signifie que le Travail en Loge doit enrichir chaque frère afin que nous soyons à même de pouvoir agir dans la société grâce au travail effectué en loge. Sans cette perspective, le Travail en Loge deviendrait stérile, tout comme parler du sexe des anges. Préparer les Frères de l’atelier à extérioriser notre méthode maçonnique est le devoir et le but de tout réel Travail en Loge. Cela est certes d’une grande exigence, mais la Franc-Maçonnerie, sans cette perspective, ne serviraient à rien.
Bâtir son Temple, ou Le Temple, relève d'une unique démarche : que chacun ait sa juste mesure à sa juste place. Ce Temple, que Salomon n'avait pas su construire, fut plusieurs fois détruit, reconstruit et abandonné. Seuls les Hommes déterminés s'unissent réellement avec une volonté sans limite et peuvent toujours construire un Temple idéal, sans se soucier de sa destruction éventuelle.
La Franc-Maçonnerie a pour but l'amélioration de soi et, par conséquence, la progression de l'humanité de par l’action de chaque Frère dans le monde citoyen. «La Franc-Maçonnerie doit reprendre la parole sur des sujets, des problématiques qui engagent l'avenir de la société, de l'humanité toute entière.»1
La capacité d’agir se cultive grâce au Travail en Loge. La Loge maçonnique est le lieu adéquat pour qui souhaite développer une morale pratique. La pratique de notre rituel est l'outil de cet entraînement, ne serait-ce que par la politesse qu'il induit, qui est la première des vertus : «les bonnes manières précèdent les bonnes actions.». Et c'est en pratiquant la vertu que l'on devient vertueux. Nous devons aspirer à ce qu'un Franc-maçon de notre Loge soit juste, généreux, compatissant et courageux, tout en restant simple et humble. Notre Loge est un authentique lieu de confrontation, sous-tendu par un sentiment éprouvé de fraternité. Nous devons nous attacher à ce qu'émane une symbiose de l'ensemble des Frères de l'atelier, et rester en permanence à l'écoute de nos Frères. Notre loge est ce lieu où, pour reprendre la formule de Pavese, il est possible de «montrer sa faiblesse sans que l'autre s'en serve pour affirmer sa force.»
Apprendre à mieux penser est l'enjeu majeur du travail au sein de notre Loge. En son sein, il s'agit d'exposer une pensée individuelle à une collectivité, de soumettre une réflexion construite à la discussion. Il s'agit donc de passer du travail individuel, introspectif, à un travail collectif. Les Frères de notre Loge ne s'astreignent à aucune limite dans la recherche de la Vérité. Celle-ci peut être de différentes natures: politique, philosophique, artistique ou altruiste. Nous cherchons à dépasser les vérités moyennes, relatives ou les accumulations d'opinions plurielles. La Vérité n'est pas le résultat d'un consensus mais au contraire, d'une fulgurance, d'une rupture avec l'erreur. C'est le Travail en Loge, le polissage des pierres les unes contre les autres qui seul, peut permettre cette fulgurance.
L'intérêt de la Franc-Maçonnerie découle de l'action menée grâce à la réflexion élaborée sur nos colonnes. La richesse des réflexions émanant des Frères à l'intérieur du Temple ne reste pas confinée dans nos murs. Chaque Frère prolonge à sa manière ce travail de réflexion et d'introspection en agissant concrètement dans la société. "Il réfléchit au monde que nous transmettrons aux générations futures, en essayant de combler le hiatus entre le corps et l'âme, en harmonisant le matérialisme avec le spiritualisme."2 Par son comportement avec ses proches, par sa conduite avec sa famille, avec ses collègues, par son investissement dans la société et avec les personnes qu'il côtoie, chacun d’entre nous se projette comme Franc-Maçon. Par l'action qu'il mène dans la société, le Franc-Maçon agit toujours en travaillant sur sa pierre cubique à pointe en menant un travail en forme de cercle. Il reste ouvert aux problématiques de la société, qui peuvent détruire le temple qu'il est en train de construire, en ramenant sa pierre cubique à pointe à l'état de pierre brute, ce qui l’entraînera à remettre son travail en chantier.
Le travail préparatoire est tout aussi important pour la qualité du Travail en Loge qui sera mené. La préparation de planches de qualité est la condition sine qua non à l'épanouissement de chacun. C'est ainsi que le pré-travail en Loge fait partie intégrante du travail de chaque maçon. Les planches se servent des outils et symboles du Rite Écossais Ancien et Accepté pour aborder des sujets philosophiques ou sociaux déterminés, en se gardant de tout hermétisme ainsi que de toute longueur inutile, sans perdre de vue qu'une planche n'est rien de plus que le point de départ d'un travail collectif oral, et cet échange est primordial.
Afin d'optimiser la qualité des échanges, chaque Frère prépare ses questions et ses réflexions sur le sujet traité avant la tenue en loge. La planche est présentée, puis s’ensuivent les réflexions des Frères qui constituent le travail en loge proprement dit. Pour utiliser une image, nous pourrions comparer le Travail en Loge à « une sorte de grande machine à laver » dans laquelle sont mises plusieurs pierres burinées par le travail, qui, en s'entrechoquant pendant l'action de la machine à laver, vont se transformer petit à petit en pierres polies. Dans ces conditions, la planche présentée ressort plus enrichissante pour tous les participants. Mais il est capital que les pierres polies demeurent différentes les unes des autres et trouvent leur forme singulière.
Comme vous le voyez, le Travail en Loge implique un certain nombre d'exigences. Il a pour but d'exporter au dehors du Temple ce que l'on y apprend au-dedans grâce au travail de polissage en Loge. Il doit aussi être précédé d'un travail préparatoire et d'introspection pour tracer la planche et apporter des réflexions pertinentes au conférencier. Chaque planche doit permettre l'élévation de chacun d'entre-nous. Loin de nous contraindre, ces exigences nous aident à progresser sur notre chemin initiatique. Ce travail collectif nous conduit parfois à atteindre une symbiose. C'est ce qui fait une des particularités de notre Travail en Loge, particulièrement au Rite Écossais Ancien et Accepté. En travaillant de cette sorte, en 3 étapes successives, nous continuerons à cultiver cette particularité et seront entendu pour avoir une quelconque influence positive sur les affaires de la société. Nous agissons dans la société, enrichis de ce que ce que notre Travail en Loge nous enseigne.
1Michel Barat lors d'une conférence publique dans le cadre du Cercle Condorcet-Brossolette.
2Michel Barat lors d'une conférence publique dans le cadre du Cercle Condorcet-Brossolette.

