Vers 15h, ce mercredi 28 juin 2011, Reporters Sans Frontières a posté sur Twitter: "Hervé et Stéphane sont libres!" Un second tweet a suivi, au conditionnel cette fois, avant que la confirmation arrive finalement. Dix-huit mois après leur enlèvement en Afghanistan, les deux journalistes de France 3, Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier, ont donc été libérés.
Un journaliste de France 2, Amaury Guibert, poste à son tour que France 3 confirme cette issue. Nicolas Sarkozy aurait lui-même appelé les proches des deux journalistes. Leurs trois accompagnateurs, Reza, Ghulam et Satar, auraient également été libérés. Le communiqué de l'Elysée, lui, ne revient que sur le sort de "leur interprète Reza Din".
La mère de Stéphane Taponier confirme cette issue heureuse sur iTélé. Elle "n'y croyait plus". Les otages devraient être à Villacoublay jeudi à 8H00, expliquent les proches à l'AFP. "Je serai bien évidement là pour les accueillir", a affirmé Béatrice Coulon, compagne d'Hervé Ghesquière, sur France Info.
Quel rôle a joué la présidence de la République dans cette libération? Deux versions du communiqué de presse de l'Elysée ont été envoyées. Dans la première, Nicolas Sarkozy "se réjouit" de la libération des otages. Dans la seconde, il l'"annonce".
Pour l'heure, ils ont été transférés sur une base militaire de Kaboul, puis à l'ambassade de France. "Ils sont en bonne santé et ils seront dans quelques heures sur le sol français", commente le Premier ministre François Fillon, à l'Assemblée nationale.
Les députés ont réservé une "standing ovation" à l'annonce de cette libération par le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer. Dans un communiqué, le ministre des Affaires étrangères et européennes, Alain Juppé, a assuré pour sa part que pendant leur longue détention, "nous n'avons jamais cessé d'agir pour obtenir leur libération".
Hervé Ghesquière, Stéphane Taponier et leurs trois accompagnateurs Reza, Ghulam et Satar ont été enlevés le 30 décembre 2009 en Afghanistan, alors qu'ils enquêtaient pour le magazine de France 3, "Pièces à conviction". Ils auront passé 547 jours en captivité. Un an et six mois pile.
Il est tout à fait choquant que l’on ait connu chaque jour les noms de ces 2 journalistes et que leurs accompagnateurs Reza, Ghulam et Satar soient totalement anonymisés. Ici, nous les traitons de manière égale.
Comment ont-ils été libérés ? Les revendications des ravisseurs, talibans, étaient claires : le retrait des troupes Françaises en Afghanistan et la libération de talibans dans les geôles Afghanes.
Or, le gouvernement Afghan d’Armin Karzaï a ordonné, le 21 juin 2011, la mise en liberté de quatorze membres du mouvement rebelle des talibans, avec l'intention d'ouvrir la voie au dialogue avec les insurgés, a annoncé un responsable afghan. «La libération de ces insurgés détenus dans la base américaine de Bagram est une bonne intention visant à créer un climat favorable en vue d'un dialogue avec les rebelles talibans», a affirmé Kiameddine Kechaf, vice-président du Conseil de chefs d'ethnies et de tribus d'Afghanistan, dite la «jirga de la paix». Les rebelles talibans sévissent notamment dans les provinces du sud afghan comme Helmand, Kandahar, leur fief, où ils mènent des opérations contre les forces internationales et afghanes. L'Afghanistan est en proie à une insurrection meurtrière des insurgés talibans, auteurs d'attentats sanglants commis depuis 2001 dans le pays, en dépit de la présence des forces internationales qui appuient l'armée afghane dans sa lutte contre l'insurrection des talibans.
Le 23 juin 2011, à un an de la présidentielle, et peu après l'annonce de Barack Obama du retrait des troupes américaines d'Afghanistan, la France aussi amorce la fin de son engagement dans le pays. L'Elysée, qui "se félicite" de la décision américaine, a en effet annoncé un "un retrait progressif" de ses renforts envoyés en Afghanistan "de manière proportionnelle et dans un calendrier comparable au retrait des renforts américains". Après s'être entretenu au téléphone avec son homologue américain, le chef de l'Etat français a en outre "confirmé que la France restera pleinement engagée avec ses alliés aux côtés du peuple afghan pour mener à son terme le processus de transition", selon l'Elysée. Ce retrait, selon le ministre de la défense Gérard Longuet, n'est "pas une surprise", et respecte globalement le calendrier de retrait définitif programmé pour 2014 lors du sommet de Lisbonne de l'OTAN en novembre dernier. Une réduction d'un quart des troupes françaises ramènerait les effectifs déployés en Afghanistan à environ 3 000 hommes, déployés pour l'essentiel dans l'est du pays.
"C'est le résultat, premièrement, de la disparition, de l'élimination de Ben Laden, et du travail des hommes sur le terrain", a déclaré M. Longuet. Surtout, le thème, longtemps à l'écart du débat politique, est devenu un sujet de campagne à l'approche de la présidentielle. Le conflit est en effet de plus en plus impopulaire alors que les troupes françaises continuent de subir des pertes importantes, avec 62 soldats français morts en Afghanistan depuis 2001, donc 10 au cours des six derniers mois.
Ainsi, dans l’issue de libération des otages, on comprend mieux le revirement de Nicolas Sarkozy. L'engagement français avait commencé sous le gouvernement Jospin, mais depuis le Parti socialiste et une large partie de la gauche réclamaient régulièrement l'amorce d'un retrait rapide des troupes françaises. A droite, certains plaidaient également pour le début dès l'été 2011 d'un retrait des troupes. Première à réagir, Ségolène Royal, candidate à la primaire socialiste, s'est félicitée de l'annonce d'un retrait progressif, tout en dénonçant un "revirement" du président Sarkozy.
Le député strauss-kahnien Pierre Moscovici a vu dans cette annonce un "aveu d'échec et de faiblesse de Nicolas Sarkozy". "Le gouvernement a raison, peut-être, mais il a raison bien tard et il a raison dans des conditions qui ne sont pas les bonnes", a dit M. Moscovici sur Europe 1.
Le Parti communistre français a renchéri : les communistes souhaitent que le retrait des troupes françaises d'Afghanistan soit "complet et imminent". Pour les communistes, "dix ans après l'attaque terroriste du 11 septembre 2001, la logique de puissance – aux coûts exorbitants – de George Bush, même plus subtilement mise en œuvre par Obama, est en échec".
Depuis, les conditions étaient remplies pour la libération de Hervé Ghesquière, Stéphane Taponier et leurs trois accompagnateurs Reza, Ghulam et Satar. Il ne restait qu’à se mettre d’accord entre le gouvernement Français et les talibans sur une somme de défraiements pour avoir été de si courtois hôtes de ces otages dont nous ignorerons pour toujours sans doute la somme, puisque le ministre d’Etat, des Affaires Etrangères et Européennes Alain Juppé nie tout versement d’une quelconque somme aux ravisseurs, quoiqu'on puisse en douter...

