Après la fameuse affaire Strauss-Kahn, voici un secrétaire d’Etat inculpé pour viol. Mais qu’est ce qui se passe ! Nos politiques auraient ils un sexe à la place du cerveau ?
Nous publions l'intégralité des plaintes des deux femmes qui accusent Georges Tron d'agressions sexuelles et de viols. Ce qu'elles racontent est glauque : un maire et son adjointe de maîtresse abusant de deux employées qui acceptent des gestes de moins en moins acceptables pour obtenir puis garder un travail.
Le fétichisme et le triolisme sont des pratiques joyeuses et excitantes quand elles se vivent avec désir. A Draveil, concrètement, si les faits dénoncés sont confirmés par la justice, ils entrent dans la catégorie des films pornos semi-amateurs mettant en scène des femmes contraintes de se taper le producteur (et ses amis) pour obtenir un petit rôle, mal payé, dans un film de seconde zone.
Affabulations de manipulatrices ou délires d'un roitelet pervers : la justice devra dire aussi comment ces femmes ont été embauchées, qui payait les repas organisés pour se terminer en parties.
V., 34 ans : « Je ne voulais pas y aller »
V. raconte d'abord comment elle est arrivée dans l'entourage de Georges Tron. Lors des municipales de 2008, elle s'investit dans la campagne du candidat de Ris-Orangis (91) Jacques Brochot, soutenu par l'UMP. C'est une femme, Lucile M., assistante parlementaire de Tron, qui va les mettre en contact pour un emploi. Extraits.
« Il se souvenait très bien de moi. Pour me connaître un peu mieux il m'a posé différentes questions et lorsque je lui ai dit que je pratiquais l'acupression, il m'a répondu avec enthousiasme en me disant qu'il pratiquait la réflexologie depuis dix ans.
Sans me demander la permission, il m'a enlevé ma bottine et a commencé à me toucher soi disant les points de réflexologie. J'étais surprise et je n'osais pas bouger, ne me sentant pas à l'aise et j'ai regardé Lucile qui n'avait pas l'air d'être inquiète… […]
Il avait réfléchi à un emploi à l'accueil de son cabinet
Deux jours après, je me suis rendue à Draveil devant la mairie où j'ai rejoint le maire et Lucile. Comme il est connu dans ce restaurant japonais, nous avons été mis à une table discrète, au fond. Aussitôt assis, il a sorti des mi-bas en précisant qu'il s'agissait d'un prototype destiné à la réflexologie. J'ai accepté de mettre ces mi-bas. Je me trouvais face à lui et il m'a pris une jambe l'une après l'autre, qu'il a mise sur ses jambes.
Et tout en mangeant il me tripotait les orteils ou le dessous des pieds. Lucile n'était pas surprise par cette attitude.
Au cours du repas, il m'a dit qu'il avait réfléchi à un emploi à l'accueil de son cabinet. […] J'ai été embauchée à la mairie de Draveil le 14 septembre 2008 en qualité de contractuelle.
A partir de mon embauche, il y a toujours eu un prétexte pour que monsieur Tron me touche les pieds, que ce soit en voiture ou lors de déjeuners. Il était cependant très discret, prenant la précaution de vérifier si personne ne le voyait, à l'exception de Lucile.
Brigitte avait pris le relais, j'étais bouleversée
Le 12 novembre 2009, le secrétaire du maire m'informe que le maire souhaite ma présence lors d'un déjeuner où était conviée, notamment, Brigitte Gruel (adjointe à la Culture). Pendant tout le repas il s'est arrangé pour avoir à nouveau mes jambes, l'une après l'autre, sur les siennes en me les attrapant. J'étais très gênée par rapport aux invités, et comme je sentais qu'il insistait, je ne résistais pas.
Vers la fin du repas, à ma très grande surprise, voyant que le maire avait ses deux mains sur la table, je me suis aperçue que Brigitte Gruel avait pris le relais. J'étais bouleversée.
Je précise que pendant tout le repas, il s'arrangeait pour me servir plusieurs verres de vin.
A la fin du repas, les invités ont été raccompagnés par Brigitte Gruel, et alors que je mettais mon manteau pour les suivre, monsieur Tron m'a demandé de rester et de m'asseoir en face de lui. J'ai obéi et il m'a refait pareil. C'est alors que Brigitte est revenue et j'ai entendu qu'elle fermait la porte à clé.
Elle s'est mise derrière moi et m'a caressé les épaules, la poitrine tout en me dégrafant. Georges Tron m'ayant demandé de fermer les yeux et de ne pas les rouvrir.
J'ai entendu Brigitte faire une fellation à monsieur Tron
Je me suis aperçue que Brigitte s'était déshabillée, restant uniquement en collant. Monsieur Tron est resté habillé et il m'a pris la main pour que je caresse la poitrine de Brigitte.
Monsieur Tron m'a remonté ma jupe et a passé la main dans ma culotte. Je n'avais aucune réaction, tétanisée par le fait que je ne m'attendais pas à ça. J'espérais qu'il allait arrêter. De toute façon il a bien vu que je ne prenais pas de plaisir. Il a écarté mes lèvres et a mis son doigt.
Quand il a vu que je n'avais aucune réaction, il a enlevé ses mains et il s'est mis à caresser Brigitte. J'ai entendu Brigitte faire une fellation à monsieur Tron. J'ai préféré ne pas ouvrir les yeux. A la fin ils se sont rhabillés et je me souviens qu'il faisait nuit. Brigitte m'a demandé si ça allait et j'ai répondu oui car je voulais partir au plus vite.
Brigitte m'a dégrafé ma robe et m'a caressé
La deuxième agression remonte au 4 janvier 2010, date à laquelle la secrétaire du maire m'a demandé de me rendre au domicile de Brigitte Gruel pour que j'apporte son agenda au maire. Je ne voulais pas y aller. Il a rappelé la secrétaire pour confirmer que je devais y être dans trente minutes.
Quand je suis arrivée au pavillon de Brigitte Gruel, il était au téléphone sur le canapé avec trois verres de vin servis. Je me suis assise sur un fauteuil et il a exigé que je vienne près de lui. Sous prétexte de regarder l'agenda qu'il avait posé sur mon genou, il a recommencé à me toucher les jambes.
Il m'a pris les jambes en me faisant basculer sur le côté, pratiquement allongée sur le canapé. Il a collé sa bouche sur mes orteils en soufflant dessus. Brigitte m'a dégrafé ma robe et m'a caressée, Georges Tron me demandant de fermer les yeux.
Il a essayé de passer la main mais comme j'avais mis un collant il n'a pas pu. Il a mis la main sur le sexe de Brigitte. Brigitte a fini par lui faire une fellation.
Elle m'a dit qu'il fallait que j'oublie Draveil et Georges Tron
Je ne suis pas retournée au travail. A partir de là, j'ai commencé à déprimer très sérieusement. J'ai fait une tentative de suicide médicamenteuse le 13 avril 2010 et lorsque j'ai consulté mon psychiatre, j'ai fini par lui avouer ce qui s'était passé. J'en ai également parlé à l'association AVFT [Association européenne contre les violences faites aux femmes]…
Je n'ai pas renouvelé mon contrat à la mairie.
Par la suite, j'ai rencontré L. M. [l'assistante parlementaire de Georges Tron, ndlr] à la sortie de l'école, et elle m'a dit qu'il fallait que j'oublie Draveil et Georges Tron, et que c'était pour mon bien et celui de ma famille. En effet, javais commencé à parler de ce qui m'était arrivé.
Je suis allée au commissariat d'Evry pour faire une main courante suite à ces menaces, et après en avoir discuté avec madame Payet, j'ai décidé de déposer une plainte directement au procureur. Je dépose plainte pour ces faits. »
E., 37 ans : « Je n'espérais qu'un emploi »
« J'ai rencontré Georges Tron lors d'une permanence parlementaire en juin 2006 dans le cadre d'une recherche d'atelier pour mon activité de relieur-doreur [Georges Tron la fait alors inviter à plusieurs petits événements culturels, ndlr].
En novembre 2006, j'ai été invitée au vin d'honneur du Salon du premier roman où je suis allée avec un ami. Monsieur Tron me retient à dîner avec les auteurs du salon. Au cours du dîner, il s'est assis en face de moi et a commencé à me faire du pied sous la table. J'en étais très gênée. La soirée s'est prolongée très tardivement et il nous a invités le lendemain au restaurant japonais de Draveil.
Lors de ce repas, il m'a proposé un emploi
J'en ai parlé à des amis en leur disant ce qui s'était passé. Il m'ont dit de faire attention, et comme à l'époque j'étais seule avec mon fils, en instance de divorce et sans emploi, je m'y suis rendue avec ce même ami. Lors de ce repas, il a recommencé à me faire du pied, à m'enlever sous la table mes chaussures et m'a posé ma jambe sur la sienne tout en la caressant. Lors de ce repas, il m'a proposé un emploi, m'a demandé mon numéro de téléphone et m'a laissé le sien.
Je me suis laissée caresser dans la promesse d'être embauchée, ce qui se réalisera le 10 janvier 2007. De ce déjeuner jusqu'à mon embauche, il me faisait convoquer dans son bureau et une fois dans son bureau, sous prétexte de réflexologie, il se mettait à me caresser le long des jambes, sur la poitrine, le dos, les épaules.
Comme j'étais très coincée il n'est pas parvenu à me mettre la main dans la culotte mais il a essayé. Chaque fois il fermait la porte capitonnée de son bureau à clé.
Il voyait bien que cela ne me procurait aucun plaisir. Il me disait qu'il fallait que je me détende comme cela est prescrit par les médecines asiatiques.
Il aurait été d'accord pour une fellation
Tous ces rendez-vous étaient identiques : il me faisait asseoir face à lui, retournait mon siège, puis commençait à me masser les pieds, me mettait sur ses genoux, m'embrassait sur la bouche, dans le cou et il a fini par la suite par me mettre ses doigts dans mon sexe, et ce à plusieurs reprises. En revanche il n'a jamais cherché à me pénétrer avec son sexe. Il aurait été d'accord pour une fellation mais je n'ai jamais voulu.
Il comprenait bien que je n'étais pas consentante car je n'espérais qu'une chose : un emploi. Et je ne venais pas le voir pour passer un bon moment.
Au moment où j'ai rencontré monsieur Tron, je dois préciser que ma priorité n'était pas le batifolage. Je souhaitais uniquement trouver un emploi et monsieur Tron le savait.
Il pouvait m'appeler quand il voulait
Après mon embauche, les relations intimes sont poursuivies et comme il m'obligeait à le suivre lors des manifestations, le soir dans son bureau, les week-ends… Cela a engendré de la jalousie parmi le personnel. Pendant plusieurs mois, je n'ai pas eu de bureau et j'étais obligée de travailler dans celui du chef de cabinet, donc face à son bureau où il pouvait m'appeler quand il voulait.
Au printemps 2007, j'ai rencontré une de ses assistantes parlementaires, mademoiselle X, très jolie, qui a fini par m'apprendre qu'elle aussi avait été victime des mêmes agissements, selon le même mode opératoire. Elle a fini par démissionner en septembre 2007.
Ce couple a ruiné ma vie
Comme je n'étais pas bien dans ma peau, il m'a mis dans les “pattes” de sa maîtresse Brigitte Gruel. je suis devenue leur objet sexuel. J'ai dû lui pratiquer des cunnilingus, elle me déshabillait, j'étais contrainte de l'embrasser, de la caresser et je devais fermer les yeux lorsqu'elle lui pratiquait une fellation.
Je me suis retrouvée toute nue à plusieurs reprises, soit dans mon bureau, soit dans le bureau de la communauté des communes, soit à son domicile où elle était censée faire des déjeuners professionnels. Brigitte m'a également pénétrée avec ses doigts, et ce à plusieurs reprises. […]
Il m'a forcé à écrire une lettre de démission sous la contrainte d'intervenir auprès des services sociaux pour me faire retirer la garde de mon fils de 4 ans.
Je porte plainte contre ce couple car il a ruiné ma vie. »
Un ex-collaborateur met en cause Georges Tron en confortant le témoignage d'une des deux accusatrices de l'ancien ministre visé par une enquête pour agressions sexuelles, dans des déclarations au Parisien. L'une des deux plaignantes «est venue me voir à l'époque. Elle m'a tout raconté à propos du harcèlement sexuel qu'elle subissait. (Elle) était ravagée par cette histoire avec Georges Tron. Je l'ai vue vrillée, anéantie», raconte au Parisien François-Joseph Roux, ancien collaborateur du maire de Draveil (Essonne), qui précise ne pas avoir été témoin direct des faits incriminés.
«Georges Tron convoquait (la plaignante) le soir, à n'importe quelle heure, et il s'enfermait avec elle dans son bureau», ajoute-t-il en affirmant qu'elle «était sous l'emprise de Georges Tron». Pour M. Roux, «la seule manière de mettre fin à ça, c'était de porter plainte». Lui dit être «parti à cause de ça» en 2009. «Georges Tron savait que je savais. Il m'a demandé de quitter la mairie, disant ne plus avoir confiance en moi.»
Georges Tron, mis en cause par trois femmes, a été mis en examen mercredi soir pour viols et agressions sexuelles, mais a été laissé en liberté sous contrôle judiciaire.
« Nous avons des menaces »
Une des deux anciennes employées municipales de Draveil qui a déposé plainte, a déclaré son indignation devant cet état de fait, sur RTL : « C'est aberrant. Ce serait le charcutier d'à côté, il serait en prison. Aujourd'hui, lui est libre » a t-elle regretté avant d'ajouter qu'« aujourd'hui nous avons des pressions, nous avons des menaces, il va falloir qu'on les vive ».
La jeune femme, outrée par cette décision de la justice, déclare qu'elle ne se laissera pas intimider par ses intimidations : « Je ne changerai pas un point, une virgule et une majuscule de mes déclarations. Il faut arrêter de salir les gens, il faut arrêter de chercher des complots ».
Sur BFM TV, une ex-attachée parlementaire du maire de Draveil a été tout aussi déçue, estimant qu'il était « insupportable et inconcevable de savoir que cet homme-là puisse être libéré par la justice française » La jeune femme affirme avoir reçue une « menace de mort » qui vient de l'entourage du maire.
Les opposants de Tron le font savoir à Draveil
Philippe Brun, président de l'association Draveil Villages et opposant à Georges Tron, a réclamé jeudi la démission du maire UMP de Draveil, après sa mise en examen mercredi pour viols en réunion.
De son côté, l'opposante MoDem Fabienne Sorolla souhaite la même chose, et déclare même qu'il faudrait aller plus loin : « C'est tout le conseil municipal qui doit être mis sous tutelle entièrement » annonce t-elle avant de renchérir : « Il reste quand même toute l'équipe de Georges Tron et ils vont faire pression. Il faut que ça s'arrête tout ça ».
Sur Europe 1, une jeune femme qui a voté pour Georges Tron lors des dernières élections municipales dénonce la mauvaise publicité faite à l'image de la ville : « Ça donne une certaine notoriété négative ». Sauf décision de justice différente d'ici-là, Georges Tron devrait quand même présider le prochain conseil municipal.
Georges Tron va retourner sur les bancs de l'Assemblée. Bernard Accoyer, le président de l'Assemblée nationale a annoncé ce mardi que l'ancien secrétaire d'Etat s'apprête à reprendre son siège de député dès jeudi 30 juin. Mis en examen et placé sous contrôle judiciaire le 23 juin, le maire de Draveil (Essonne) récupérera ainsi son immunité parlementaire en vertu de la réforme de la Constitution voulue par Nicolas Sarkozy. Celle-ci prévoit en effet que tout ancien député ayant quitté le gouvernement puisse reprendre ses fonctions de député un mois après avoir abandonné son portefeuille ministériel et ce, sans élection partielle. Georges Tron sera ainsi libéré de son contrôle judiciaire, pourra se déplacer comme bon lui semble et surtout, ne sera plus exposé au risque d'être placé en détention. Cette immunité pourrait toutefois être de courte durée. Bernard Accoyer a en effet indiqué que le juge d'instruction pourrait être amené à le solliciter pour saisir le bureau en vue d'un nouveau placement sous contrôle judiciaire. « Il revient à l'autorité judiciaire de saisir le garde des Sceaux qui, quant à lui, me saisira et je convoquerai immédiatement le bureau de l'Assemblée nationale qui est compétent sur ces questions », a-t-il ainsi expliqué avant d'ajouter que « ce sera sur l'application d'une mesure privative de liberté qui est en l'occurrence un contrôle judiciaire ».
Georges Tron retrouvera jeudi 30 juin son siège de député, mais il pourrait perdre immédiatement son immunité. Le bureau de l'Assemblée nationale va en effet se réunir dans la matinée pour examiner le cas de l'ex-secrétaire d'Etat mis en examen pour viols.
Le bureau de l'Assemblée nationale, présidé par Bernard Accoyer, a été convoqué pour trancher le cas de Georges Tron jeudi à 10 heures, ont indiqué à Rue89 plusieurs de ses membres. Il pourrait opter immédiatement pour la levée de l'immunité parlementaire de l'ex-secrétaire d'Etat. Un des 22 députés convoqués explique :
« Il ne devrait pas y avoir de grosse surprise. En général, le bureau n'a pas envie de passer pour un défenseur corporatiste des députés. »
L'Assemblée nationale a donc choisi de réagir rapidement, puisque son bureau venait d'être saisi par le parquet d'Evry. Une saisine destinée à clarifier une bonne fois pour toutes le statut juridique de Georges Tron : les règles entourant l'immunité parlementaire se révèlent subtiles.
C'est le 29 mai que Georges Tron a démissionné de son poste de secrétaire d'Etat à la Fonction publique. Il pouvait récupérer automatiquement son siège de député un mois plus tard. Depuis une réforme de la loi électorale de 2008, un membre du gouvernement retournant au Parlement retrouve d'office le siège occupé par son suppléant, alors qu'auparavant, une élection partielle devait être organisée.
L'« inviolabilité » des parlementaires remise en cause
Or, c'est pendant ce délai d'un mois, le 22 juin, que Georges Tron a été mis en examen pour viols et placé sous contrôle judiciaire. L'immunité parlementaire n'empêche plus la mise en examen. En revanche, l'accord du bureau de l'Assemblée nationale reste nécessaire pour un placement sous contrôle judiciaire. Cette mesure qui restreint les mouvements remet en effet en cause « l'inviolabilité » dont bénéficient (...)
Ce jeudi 30 juin, nous pouvons ainsi confirmer la levée de l'immunité parlementaire de Georges Tron par le bureau de l'Assemblée Nationale qui fanchement, je ne pouvais pas faire autrement. Affaire Tron, affaire à suivre donc...

