L’ancien ministre de l’Éducation a donc expliqué ce qui suit sur le plateau du “Grand Journal” :
Luc Ferry :“Les journalistes ne peuvent pas dire les choses qu’ils savent. Et je pourrais vous donner beaucoup d’exemples que vous connaissez comme moi parce que vous tombez sous le coup de la diffamation !, a-t-il affirmé. Le problème c’est : est-ce qu’on veut une presse qui fait fi du principe de la diffamation et du respect de la vie privée, ou pas ? Est-ce qu’on veut une presse à l’américaine ou pas ? Nous n’en voulons à aucun prix, pour l’essentiel des journalistes que je connais… Dans les pages du Figaro Magazine de cette semaine, vous avez un épisode qui est raconté d’un ancien ministre, qui s’est fait poisser à Marrakech dans une partouze avec des petits garçons. Bon. Probablement nous savons tous de qui il s’agit.
Ali Baddou : Très sincèrement pas en l’occurrence. C’est qui?
Luc Ferry : Eh bien moi je sais, je pense que je ne suis pas le seul. Et donc, si je sortais l’affaire aujourd’hui –l’affaire m’a été racontée par les plus hautes autorités de l’État, en particulier par le Premier ministre mais aussi…
Ali Baddou : Est-ce que vous avez des preuves ou pas?
Luc Ferry : Évidemment non. J’ai des témoignages des membres de cabinets au plus haut niveau, et des autorités de l’État au plus haut niveau. Si je sors le nom maintenant et que je lâche le nom dans la nature, premièrement c’est moi qui serais mis en examen et je serais à coup sur condamné même si je sais que l’histoire est vraie. Là, il y a un principe de transgression du respect à la vie privée et de la diffamation qui pèse sur vous, à juste titre…”
Depuis chacun tente évidemment de comprendre de qui le ministre a voulu parler ; l’écho du Figaro Magazine étant encore plus elliptique et hypocrite…
Des noms d’hommes politiques sont donc évoqués sur la base de rumeurs.
Et parmi ces noms, celui de Jack Lang.
L’accusation n’est pas neuve : elle ressurgit fréquemment
Yves Bertrand, le sulfureux patron des renseignements généraux n’a d’ailleurs pas été le dernier à la faire circuler…
En 1996, un “blanc” des Renseignements généraux évoque une vraie affaire de pédophilie, survenue en 1988 dans le sud-est de la France. La note policière met en scène, avec d’incroyables détails sordides et scabreux, le couple Lang. La note cite des écoutes téléphoniques que personne n’a entendues et qui auraient été détruites. Comme l’a révélé Sébastien Fontenelle dans Impunités Françaises (livre dont je suis l’éditeur), Yves Bertrand va alors alerter personnellement le procureur Éric de Montgolfier. Ce dernier, prêt à enquêter, lui ayant demandé de lui faire parvenir officiellement la “note blanche”, Bertrand avait fini par se rétracter, au motif que ses “supérieurs hiérarchiques” lui en auraient intimé l’ordre. [Est-ce de cet épisode dont reparle le même Yves Bertrand en 2008 aux Grandes Gueules sur RMC ?].
En 2003/2004 deux journalistes enquêtent sur le sujet, dans le cadre d’une biographie de Jack Lang (Docteur Jack et Mister Lang, Le Cherche Midi) Nicolas Charbonneau et Laurent Guimier finissent même par poser la question directement à l’intéressé en septembre 2003.
Il leur répond entre guillemets dans leur livre… À la sortie du livre, le passage qui met en cause les proches de Lionel Jospin va susciter la polémique.
Et Daniel Vaillant, mis en cause, va répondre par courrier à Jack Lang.
Puis L’Express évoquera le même sujet en 2005 : “Enfin, à l’approche de la présidentielle de 2002, quelques chiraquiens racontent une arrestation de Jack Lang au Maroc, dans une affaire de mœurs, suivie d’une exfiltration discrète organisée par l’Elysée. Pas la moindre preuve, mais les missiles anti-Jospin se préparent, que le 21 avril rendra caducs”.
Avant que les auteurs de Sexus Politicus ne sortent leur enquête et ne reviennent, à leur tour, sur “l’épisode” de Marrakech…
Luc Ferry a-t-il voulu évoquer cette même histoire ? L’a-t-il fait avec légèreté ? Sans savoir que plusieurs journalistes (je ne prétends pas être exhaustif) avaient déjà tenté d’en démêler les fils, sans jamais obtenir le moindre début d’indice ? Luc Ferry dispose-t-il d’informations supplémentaires ? De preuves ? De sources nouvelles ? De “témoignages” comme il l’affirme ?
Ou alors parlait-il d’une autre affaire ? D’un autre ancien ministre ?
Des rumeurs insistantes ont toujours visé au moins deux anciens ministres de la Culture -un de gauche, un de droite. Les pseudo-révélations de Luc Ferry suffiront-elles à rompre le supposé mur du silence média-politique qui compte pour beaucoup dans le manque de confiance des Français vis-à-vis des élites ?En tout cas, l’accusation est bien trop grave pour que l’on en reste là.
Et, surtout, il est bien tard pour affirmer comme luc Ferry le fait : “J’ai souhaité défendre la presse qui respectait la vie privée et qui ne se rendait pas coupable de diffamation. Je n’ai aucune preuve, ni aucun fait précis sur cette affaire, mais à l’époque où j’étais ministre, j’en ai entendu parler. On m’a rapporté mille choses sur mille ministres mais je ne dirai jamais rien, à part si cela mettait en danger la République.”
Tout le monde, Juppé, Ferry savent avec l'ensemble de la classe politique que Philippe Douste-Blazi ancien ministre des " relations " étrangères a organisé dans sa suite de l’hôtel de La Mamounia à Marrakech, que ça avait dégénéré, que les participants à la soirée avaient tout cassé dans la suite et arraché les rideaux, que la police marocaine avait dû intervenir, que la direction de l’hôtel avait envoyé la note au Quai d’Orsay et que, finalement, c’était le roi du Maroc en personne qui avait réglé la facture pour étouffer le scandale sur instruction del'Elysée.
Pendant quelques semaines, Douste avait été accueilli ironiquement dans l’hémicycle de l’Assemblée aux cris de « La Mamounia ! La Mamounia ! »
Chacun connaissait d’ailleurs les goûts de pervers du ministre des Affaires Etrangères, ancien maire de Lourdes (???!!!!) et de Toulouse, qui ne parlait pas un mot d’anglais et qui confondait Taïwan et la Thaïlande.
Mais il doit y avoir prescription car aujourd’hui Douste-Blazy a un fromage de grand luxe aux Nations-Unies. On espère, pour lui, qu’il sait que les Américains sont moins compréhensifs avec certaines dérives que les Marocains ou les Français.

