Le bandeau me renvoie à 2 moments très importants de notre vie initiatique :
1) Comme objet aveuglant lors du « passage sous le bandeau »
2) Comme symbole lors de l’initiation.
Le passage sous le bandeau :
À ce moment de notre vie, assez explicite, nous avons frappé à la porte du Temple mais nous sommes encore profanes. Le Temple et aucun autre symbole ne peut nous être révélé ; pas encore. Le bandeau est alors un simple outil pour nous préserver de la Lumière et pour préserver les FF d’un profane peut scrupuleux.
Sans doute comme beaucoup d’entre nous, je me rappelle encore assez bien de mon « passage sous le bandeau ». J’ai eu les yeux privés de lumière et fus introduit dans une salle par 2 FF. Mon parrain m’avait prévenu de me relaxer, de répondre aux questions qui me seraient posées en toute sincérité, sans ambages. Il m’avait promis aussi de me téléphoner dès la sortie de la réunion pour me donner les résultats de ce que je considérais comme mon examen de passage. Je me suis assis, les jambes assez écartées et les mains sur mes genoux pour me tenir droit et contrôler ma respiration, comme il me l’avait conseillé. Puis j’ai eu le sentiment d’être assailli de questions, qui venaient de tous les côtés, qui portaient essentiellement sur les contradictions apparentes de mes anciennes attaches protestantes et communistes. Je me rappelle aussi d’une question : « qu’est ce que vous feriez comme geste chaque matin pour le bien-être de l’humanité ? » et que ma réponse fit rire… Lors de mon passage sous le bandeau, je croyais que celui-ci avait duré, au moins une bonne heure. La perte de la vue par le bandeau fait perdre la notion du temps et de l’espace. Quand j’ai vu le Temple, bien après, je le croyais bien plus vaste.
Plus tard dans la soirée, mon parrain m’appela pour me donner le résultat positif de « mon bandeau » et qu’il n’avait duré qu’un quart d’heure… je devais être initié quelques mois plus tard…
L’initiation :
C’est le soir de l’initiation que le bandeau devient un symbole. Il est, pour moi symbole du voyage. Voyages que nous faisons symboliquement dans le Temple mais aussi voyage entre le profane et l’initié, entre l’exotérique et l’ésotérique. C’est après l’épreuve de la Terre, subie dans le Cabinet de Réflexion, qui a la vertu de faire exploser la pierre cubique profane que nous sommes en une pierre brute, que nous sommes de nouveau aveuglés pour entrer dans le Temple. C’est grâce au bandeau que nous subissons la coupe d’amertume. C’est grâce au bandeau que nous pouvons vivre les trois voyages. Là, sans la vue, nous perdons une nouvelle fois toute repère spacio-temporel et nos autres sens sont en éveil. Le toucher : des mains secourables nous empêche de tomber ; l’ouïe : les bruits autour de nous, surtout lors du 1er voyage impressionnent. Enfin, l’air, l’eau et le feu mettent nos sens en éveil. Puis, pour la première fois, le bandeau nous est ôté des yeux, le voyage arrive à son terme. La Lumière qui éclaire le Temple est faible, des épées sont pointées sur nous et nous ne pouvons pas voir les personnes qui sont présentes. Puis le bandeau nous recouvre les yeux pour la dernière fois, en attendant de recevoir la Lumière. Le voyage est alors bien terminé. Bien plus que de recevoir la Lumière de l’initiation, j’ai le sentiment que, ce soir-là, c’est une Illumination, au sens propre du terme, sur notre parcours initiatique qui nous est offert. Dès que le bandeau nous est retiré, notre parcours initiatique peut alors commencer et je pense que nous ne recevrons la Lumière que lors de notre passage à L’Orient Éternel.
Le symbolisme du bandeau, nous ne le vivons qu’une fois dans toute notre vie de franc-maçon, le soir de notre initiation. Mais disparaît-il de nous pour autant ? Le bandeau doit nous rappeler que notre voyage dans la recherche de soi est perpétuel, il doit aussi nous rappeler qu’un jour, nous avons prêté serment sur les 3 Grandes Lumières de la Maçonnerie et que nous devons nous conduire en hommes probes, intègres, fraternels, apportant l’amour, la joie et la paix tout autour de nous.

