Ça y est, la course à l'élection présidentielle de mai 2012 est lancée. Nous ferons un point à chaque moment important de la campagne.
Le 12 octobre, Ségolène Royal a appelé ses électeurs à voter pour son ex-compagnon François Hollande. Politiquement, cela ne s'explique pas. Nous avions relevé que les positions des 2 femmes semblaient assez proches alors que celles de François Hollande semblaient nettement plus sociales-démocrates et éloignées des 2 femmes. Quelles explications cachent cette prise de position inattendues ? De meilleures négociations avec M. Hollande qu'avec Mme Aubry (peut être trop carrée) ? Une rancune plus tenace vis à vis de celle qui lui a hôter la direction du parti que vis à vis de celui qui l'a plaquée il y a certes, un peu plus longtemps ? La politique a des raisons que la raison ignore...
Nous avons pu assiter au débat d'entre-deux tours entre François Hollande (fort des ralliements de Ségolène Royal, Manuel Vals et Jean-Michel Baylet) et Martine Aubry. Ce fut un discret fleuret-moucheté plus radical que pendant le premier tour. Martine Aubry, plus incisive, y est apparue solide, constante, très réfléchie, qui reste dans sa même dynamique et qui ne reste fidèle à elle-même. Elle a insité sur le manque d'autorité de son compétiteur. François Hollande, quant à lui, favori, y est apparu plus souverain, comme si sa nomination était gagnée. Reste qu'il n'a pas manqué de toupet quand il a déclaré avoir "pris la direction du PS en 2002, à la suite de la déroute de Lionel Jospin". C'est oublier qu'il était à la tête du parti depuis déjà... 1997 et qu'il a sa part de responsabilité dans la déroute de Lionel Jospin.
Le 9 octobre au soir, nous avons eu les résultats du premier tour des primaires du PS. François Hollande est en tête avec 39% des voix (moins que les sondages avaient prévus) et Martine Aubry le talonne a 31% (là aussi, une surprise). Comme beaucoup de sondeurs l'avaient "mesurés", Anrnaud Monteboug réalise une réelle percée avec près de 17% des voix. En revanche, Marie-Ségolène Royal a obtenu un scrore décevant avec moins de 7% des voix talonnée de près par Manuel Vals à plus de 5%. Quant à Jean-Michel Baylet, il est presque inexistant avec 0,6% des voix.
Quelles conclusions tirer de ce premier tour ? La participation est bonne (presque 2,5 millions de votants) ce qui veut dire que le peuple a plébiciter ces primaires. Nous devons reconnaître que, bien que les primaires sont totalement contraires à l'esprit de la Vème République telle que la souhaitait le Général de Gaulle, le PS a trouvé un bon moyen de se trouver un champion quand ce parti manquait cruellement de leader naturel. En fait, un bon palliatif !Les sondeurs, connaissant mal le corps électoral, ont donner les candidats à peu près dans l'ordre mais pas dans l'ampleur du vote. Hollande se tasse, sans doute à cause de sa posture trop présidentielle, comme si l'élection aux primaires était déjà faite et qu'il s'agissait plus d'un casting que de positionnements idéologiques. Reste que Hollande a sans doute commis une erreur de s'ouvrir sur le centre avant de rassembler son camp, la gauche. Dans son allocution, c'est maintenant qu'il rassemble son camp. L'aura t'il fait à temps ? Aubry elle, s'est battue sur les idées et sur le rassemblement, d'abord de la gauche, ce qui explique sa bonne tenue. Montebourg, lui aussi s'est battu sur des idées et il réalise une réelle percée. Royal elle (visiblement triste et très émue lors de son allocution), a joué sans doute un peu trop dans la confusion des genres, nous l'avions dit, parfois très à gauche, parfois très nationaliste et vient de payer cash ses errements. Quant à Vals, il s'est fait connaître en prenant des positions politiques claires et a immédiament appelé ses électeurs à voter Hollande (ce qui n'était pas une surprise...) pour le deuxième tour. Baylet qui voulait atteindre les 1% n'atteint pas son objectif mais en a proiter pour se faire connaître. Il a déjà appelé à voter Hollande pour le deuxième tour (comme sa consigne était importante...). On saura très vite les positions pour le deuxième tour de Montebourg et de Royal qui devront choisir entre certaines inimitiés personnelles et certaines affinités politiques.
M. Strauss-Kahn a trouvé bon de souligner qu'il avait voté pour Martine Aubry. Comme si on se souciait du vote de cet individu... Est-ce un cadeau empoisonné offert à Martine Aubry ???
Devons-nous rappeler que Mme Royal a été l'épouse déchue de M. Hollande et qu'elle a été battue dans des conditions qu'elle considère toujours comme suspectes par Mme Aubry au précédent congrès du PS ? Alors que les idées de fond de Mme Royal semblent être plus proches de celles de Martine Aubry...
Devons-nous rappeler aussi que si M. Montebourg qui fait monter les enchères entre les 2 finalistes partage beaucoup plus d'idées avec Mme Aubry qu'avec M. Hollande, en revanche, le 2ème et le 3ème de ces primaires ne se parlent plus depuis que Montebourg a largement critiqué la direction du PS (et donc de Martine Aubry) dans le cadre de la Fédération des Bouches du Rhône et le l'affaire Guérini.
Ce sont ces problématiques là, personnelles et politiques, qui devront être résolus dans les prochains jours... Mme Royal et M. Montebourg réserve encore leur prise de position...
Point début octobre :
Au Parti Socialiste les choses évoluent : Le deuxième débat entre les 6 candidats le 28 septembre sur I Télé, Europe 1 et LCP, fut bien plus intéressant que le premier où chacun à tenter de se différencier des autres (avec une tendance à jouer « collectif ») pour Martine Aubry pugnace et une autre très distante, presque fade par rapport aux autres, de François Hollande qui prend certaines mimiques de feu François Mitterrand). Marie-Ségolène Royal y est apparue, comme à on habitude, très contradictoire ; sur certains thèmes très à gauche, proche de Montebourg, et sur d’autres, plus à droite que Vals (une sorte de néo-socialo-nationalo-populisme rampant). Mais le fait est qu’on a mieux mesuré les différences entre les candidats. Le verdict populaire aura lieu le 9 octobre à l’issue du premier tour des primaires du Parti Socialiste voire, pour augmenter le suspense, 15 jours après et nous ne manquerons pas de vous faire part de nos analyses et commentaires.
Sinon, c’est silence radio dans toute la classe politique, le terrain étant occupé par la communication organisée par le PS.
L’extrême gauche a quasiment totalement disparue. Les écologistes n’arrivent pas à se faire entendre, tout comme les centristes, emmêlés dans leurs querelles intestines où chacun est une sorte de M. plus…La majorité présidentielle, elle, aimerait sans doute qu’on parle moins d’elle, alors que des affaires sur son compte impliquant parfois directement le chef de l’état sont révélées presque chaque jour. Et puis, comme les autres partis politiques, ils attendent la fin des primaires socialistes (le PS aura alors utilisé beaucoup de son temps de parole et sera contraint à plus de silence, ce qui n’est pas, pour le candidat qui sera choisi, un avantage) pour s’exprimer. Quant à Marine Le Pen, elle attend, presque sagement, que les candidats soient déclarés, que les scandales continuent à éclabousser nos dirigeants politiques pour rafler la mise comme un fruit mûr. Et elle nous resservira alors son éternel couplet sur « tous pourris », «l’UMPS », etc…
Ce 2 octobre, M. Borloo a décliné l'invitation à se porter candidat à l'élection présidentielle de 2012. Mais face aux questions insistantes (bien plus que pour DSK) de Mme Chazal, pour savoir si le Parti Radical et M. Borloo soutiendrait la candidature de M. Sarkozy, l'ancien Ministre de l'écologie à malignement botté en touche. Pense-t'il négocier ses forces électorales et du conglomérat qu'il représente ? Sans doute. Mais je pense que ses négociations se passeront avec le Président et M. Bayrou (et pourquoi pas avec les socialistes si c'est M. Vals ou M. Hollande qui est désigné... Le débat d'idées pencherait naturellement pour le rapprochement des centristes de tout poil (ce qui pourrait créer une force au centre réellement intéressante), à moins que cela ne laisse le champ libre à un autre candidat du Centre, allié de Borloo comme M. Morin... Mais la logique en politique a des secrets que l'esprit ignore souvent... et nous pourrions voir une nouvelle alliance Sarkozy / Borloo avec le poste de Premier Ministre de ce dernier en cas de réelection du premier (ce qui n'est pas encore gagné) mais qui aiderait à éliminer Mme Le Pen d'un possible 2ème tour.
Les débats télévisés organisés pour les primaires du PS furent assez intéressants nous devons le reconnaître. Ils semblent avoir redonné un certain goût à la politique aux électeurs Français. Cela aura eut ce mérite là bien que des primaires dans un parti aillent à contre-sens total de la constitution de la Vème République. Pourtant, même dans la majorité UMP héritière du Gaullisme, certains politiques envisagent, eux-aussi, des primaires. Pour 2017 certes mais certains dès 2012, ne croyant plus dans les chances de leur champion Sarkozy et croyant plus dans celles de Juppé ou de Fillon. Lors de ces débats, on a pu voir des gens compétents qui essayaient de montrer leurs différences pour la gestion du prochain quiquennat. En fait, il me semble avoir vu 6 candidats à Matignon et pas franchement à l'Elysée. Pas un vrai candidat qui ait la hauteur de vue ou un dessein pour la France ! Alors où est resté le candidat qui aurait pu avoir cette hauteur ? Visiblement, il est resté caché au sein du PS. En tout cas, ce n'est certainement pas celui qui a eu des relations "légères", "fautives" (voire coupables) avec une femme de chambre dans le Sofitel de New-York !
Point à la mi-septembre :
Après l'élection sans surprise de M. Mélanchon comme candidat du Parti de Gauche et du Parti Communiste et celle, plus surprenante de Eva Joly contre le chantre des sondages et des média, Nicolas Hulot pour le mouvement écologiste, nous venons d'entrer en plein dans les primaires du Parti Socialiste. Pour beaucoup, le vainqueur de ces primaires est le ou la futur(e) occupant(e) de l'Elysée. Mais comme le dit le proverbe, « il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué ». M. Sarkozy reste toujours un candidat très sérieux et un formidable compétiteur pour une élection d'autant plus que son épouse viendra d'accoucher et qu'il essaiera sans doute d'apitoyer les électeurs et que ceux-ci risquent aussi de ne se rappeler que de l'image plus sociale et sérieuse qu'il essaie de se façonner (en trompe l'oeil il est vrai) plutôt que le Sarkozy qui a multiplié la dette par 3, a allongé la durée de travail, repoussé l'âge de départ à la retraite, etc... Bref, celui qui a fait une politique injuste en faveur des plus riches.
Quel est l'état des forces en présence au PS ?
Nous avons le grand favori des sondages (dont la fiabilité reste très aléatoire vu qu’on ne maîtrise pas le corps électoral), François Hollande, qui prend déjà une stature impériale (heu présidentielle). Courtisan les électeurs centristes, Hollande exprime un vrai désir d'occuper l'Elysée mais sort de la stratégie Mitterrandienne qui a prouvé son efficacité. Mais la leçon Hulot doit nous habituer à plus de circonspection et les sondages ne font pas une élection.
Une Martine Aubry, semblant plus à gauche, et toujours très carrée. Mais on sent chez elle plus le devoir que l'envie. Reste qu’elle reproduit, à la différence de François Hollande, la stratégie de François Mitterrand : « rassembler à gauche au 1er tour pour élargir au second ».
Marie-Ségolène Royale est toujours égale à elle-même, surprenante avec une envie non-dissimulée d'être notre prochain chef d'état. Si elle est plus loin dans les sondages, il ne faut pas oublier qu'elle a une réelle empathie avec le public, qu'elle est capable du meilleur comme du pire. Elle est à la fois son meilleur atout et son pire ennemi. Mais Mme Royale n'est jamais battue, elle peut toujours créer la surprise (dans un sens comme dans l’autre).
Reste les plus à droite, Manuel Vals et Jean-Michel Baylet et le plus à gauche Arnaud Montebourg qui sont surtout là pour témoigner et profitent de cette tribune pour se faire un peu plus connaître. Ils peuvent, eux, se permettre le luxe de prendre des positions un peu différentes de celles du programme du PS, globalement acceptées par les 3 principaux candidats.
Alors 3 candidats pour un même programme ? Certes avec quelques nuances bien que ce soit Laurent Fabius qui soit à la charge d'établir les actions de l'hypothétique gouvernement socialiste pendant sa première année. Est-ce une simple question de casting ? En grande partie oui, même si de réelles nuances existent entre les candidats.
Au centre, il y a un trop plein de candidats entre MM. Bayrou, Borloo et même De Villepin (récemment innocenté définitivement dans l’affaire Clearstream) qui se battent entre eux pour être le seul à représenter le centre ou un flamboyant gaullisme social.
A l’UMP, rien de neuf, tout le parti est dans l’attente de la déclaration de candidature du président sortant, Nicolas Sarkozy.
A l’extrême droite, Marine Le Pen est toujours aussi pugnace. Elle n’hésite jamais à mentir avec un aplomb incroyable aux français en leur apportant des réponses fausses et qui ne sentent pas très bons à des questions légitimes. Et tant que les autres mouvements politiques démocratiques n’oseront pas affronter le nouveau leader du Front National, bien plus policée que son père - toujours souriante ou narquoise - alors l’extrême droite aura de beaux jours devant elle. Malgré sa relative baisse dans les sondages, la Présidente du Front National est encore créditée d’un score proche des 20% et la place dans le trio de tête du premier tour de l’élection présidentielle. Sera-t-elle la nouvelle surprise du 1er tour de ces présidentielles ? Cela est plus que jamais possible, d’autant plus que la gauche se divise et la droite aussi. Mais si d’aventure, Marine Le Pen devait affronter le candidat du PS au second tour, il est fort à parier qu’elle recueillerait une partie substantielle de l’électorat de la droite classique.
Même s’il n’y a pas d’alliance officielle droite / Front National, nous la verrions s’opérer dans les urnes, à la différence du second tour de la présidentielle de 1995, où la gauche s’était unanimement reportée sur Chirac contre Jean-Marie Le Pen.

