Le 25 septembre, un fait sans précédent vient de se produire en France : la majorité au Sénat est passée « à gauche ». Jamais encore la gauche n’avait bénéficié de la majorité au Sénat depuis que la République existe. Certes, parfois, la droite s’est trouvée en minorité mais avec des alliances, elle a toujours su surmonter cette épreuve. Cette fois c’est différent, la gauche seule a la majorité et c’est tout à fait nouveau.
Sur les 170 sièges à pourvoir lors de cette élection, le PS a remporté 36% des sièges contre 32% pour l’UMP. Sur les 348 sièges du Sénat, la gauche va disposer de 175 sièges alors que la droite aura 169 sénateurs.
S’il est vrai que cela est dû à un effet mécanique du nombre de mairies et collectivités territoriales qui sont passées à gauche ces dernières années, conjugué à la réforme du Sénat avec de nouveaux modes de scrutin (plus de proportionnelle), au fait que cette fois c’était la moitié du Sénat qui était renouvelé, qui plus est, de nombreux sortant étaient membres de la majorité présidentielle. Tout se conjuguait donc pour une victoire de la gauche.
Mais il y a aussi un réel mécontentement des élus locaux par rapport au gouvernent, à sa gestion de la crise et des collectivités locales. Nous avions pu noter que nombre d’élus grognaient depuis longtemps. Ils l’ont fait savoir par leurs votes, dimanche.
C’est le tout cumulé qui a fait basculer le Sénat de droite à gauche. Ce qui fait que le Président du Sénat, deuxième personnage de l’Etat, devient un illustre sénateur de l’Ariège, inconnu du grand public.
Sans doute cela ne va pas changer grand-chose pour la fin de cette législature. C’est sûr que Sarkozy et Fillon peuvent dire adieu à leur réforme constitutionnelle concernant la « règle d’or ». Mais pour la suivante, à partir de mai 2011, cela sera très différent. Soit la droite est reconduite dans ses fonctions et le Sénat risque de bloquer une certaine efficacité du gouvernement pour les grandes réformes notamment (comme lors de la Présidence de François Mitterrand), soit c’est la gauche qui arrive aux responsabilités et le fait d’avoir la majorité au Sénat lui donnera les coudées plus franches et pouvoir faire des réformes plus profondes.
Ce changement de majorité à la chambre haute est tout de même un très sérieux coup de semonce vis-à-vis de la majorité présidentielle, une sorte d’avertissement (pas si retentissant que cela) vis-à-vis de l’exécutif. On dirait que les Grands Electeurs ont voulu dire, « comme vous n’avez pas voulu écouter nos doléances depuis 4 ans, cette fois vous allez être forcés de nous écouter ». Les 2 têtes de l’exécutif les écouteront-ils enfin ou persisteront-ils à rester sourds ?

